LES CHAMPIONS FRANCAIS SE MOBILISENT POUR LUTTER CONTRE LA PRECARITE

eTOILES DU SPORT
Lilian Thuram et Alain Boghossian lors d'une vente aux enchères des Etoiles du Sport (photo Jean-Marie Hervio/KMSP)

Lancée à l’occasion des Étoiles du Sport réunies du 12 au 16 décembre à Tignes, l’Association Les Étoiles du Sport Solidaires regroupe des sportifs et artistes mobilisés autour de la lutte contre les différentes formes de précarité. De nombreuses actions vont ainsi être réalisées pour récolter des fonds.

Créées en 2002 par Benoit Eycken et Sébastien Foucras, les Étoiles du sport constituent une grande rencontre intergénérationnelle entre sportifs, avec le partage d’expérience en fil conducteur. Le partage et même au-delà, la solidarité, qui sont les valeurs essentielles des Étoiles du sport.

La création des Etoiles du Sport Solidaires

Dans cet esprit, cette édition 2021 sera également marquée par le lancement de l’Association « Étoiles du Sport Solidaires ». Une idée et surtout une volonté de Benoit Eycken « La solidarité est dans l’ADN des Étoiles, explique-t-il. Cette association est issue du terrain car depuis 20 ans, nous sommes confrontés à des athlètes en difficulté. Nous avons voulu faire davantage et surtout structurer notre action. Je suis d’abord allé voir Alain Boghossian, il m’a dit banco ! Puis Richard Dacoury, il m’a dit banco ! Odile Diagana, Stéphanie Fernandez et de nombreuses autres personnalités se sont ensuite agrégées. Les athlètes ont un gros cœur physiologiquement, ils ont aussi un grand cœur. Ils savent s’engager pour aider ceux qui sont dans la difficulté. C’est aussi une façon de donner du sens à son existence. »

 » Nous n’avions pas de gros moyens. Nous allions aux Restos du Coeur »

Samir Aït Saïd, porte-drapeau aux JO de Tokyo

Une évidence pour de nombreux athlètes. « En tant qu’athlète mais surtout en tant qu’humain, je me dois d’aider les plus démunis et de combattre la précarité aux côtés de l’Association les Étoiles du Sport Solidaires, confie Samir Aït Saïd, gymnaste et porte-drapeau de la délégation tricolore aux Jeux olympiques de Tokyo. Enfant, je n’ai jamais manqué de rien grâce à mes parents mais nous n’avions pas de gros moyens. Nous allions aux Restos du cœur. À notre humble niveau, c’est à notre tour d’apporter à l’Association toute notre énergie. On constitue une famille dotée d’un gros cœur ! »

100 000 repas pour les précaires

Trois grands types de précarité ont été identifiés. « Il y a d’abord la précarité sociale avec des inégalités qui ne cessent d’augmenter, précise Benoit Eycken. Nous voulons aider des structures comme les Restos du Cœur mais aussi, par exemple et sans que ce soit exhaustif, le Secours Populaire ou encore la Fondation Abbé Pierre. »  La première action s’est concrétisée pendant la crise du Covid. «  Nous avons sollicité une centaine d’athlètes comme Marie-José Pérec, Renaud Lavillenie, Tony Estanguet, Teddy Riner, Martin Fourcade, Clarisse Agbegnenou, Vincent Clerc, Nikola Karabatic, Michael Llodra, la Ministre des Sports Roxana Maracineanu et beaucoup d’autres. Tous ont chanté la chanson des Restos pour promouvoir une tombola pour le grand public. Cette tombola nous a permis de récolter de l’argent et de financer l’équivalent de 100 000 repas. »

Autour de Sandra Laoura, et Benoît Eycken lors de la soirée des Etoiles du Sport le 3 décembre (photo Jean-Marie Heurvio/KMSP)

Le sport de haut niveau n’échappe pas à la précarité. « De nombreux athlètes sont en grande précarité, constate Benoit. Il y a ceux dont la carrière est interrompue par une blessure, à l’image de Sandra Laoura qui est l’âme des Étoiles (médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Turin 2006 en ski de bosses, la Française fut victime d’un grave accident à l’entraînement en 2007 et est depuis privée de l’usage de ses jambes).

« Il y a aussi ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts. Une jeune athlète dans le BMX m’a contacté un jour en me disant qu’elle ne gagnait que 800 euros et qu’elle était obligée d’être femme de ménage pour s’en sortir. J’étais son dernier appel avant qu’elle n’arrête tout. On a réussi à trouver des partenaires et la petite somme suffisante pour l’aider à rebondir. « 

L’initiative de Mika Llodra

« Un autre athlète handisport, amputé, avait besoin d’une spatule de rechange au cas où la sienne casserait. Or, une spatule, ça coute 12 000 euros ! » Si les athlètes en activité rencontrent parfois des situations difficiles, de nombreux sportifs se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes une fois leur carrière terminée. « Celui qui n’a pas préparé sa nouvelle vie voit soudainement la lumière se couper. Mais la lumière n’est pas la seule à disparaitre. Le portable ne sonne plus, ceux que l’on croyait des amis disparaissent. Il y a une sorte d’abandon auquel beaucoup ne sont pas préparés. Nous voulons leur ouvrir notre carnet d’adresses, pouvoir éventuellement financer des formations pour leur vie d’après. Pour cela, nous avons créé un fonds de dotation. C’est dans la difficulté qu’on reconnait les siens. Champion, un jour, champion toujours. »

Dernière opération menée début décembre, une vente aux enchères pendant le Mica Challenge, organisé par le tennisman Michael Llodra. Cette vente de lots exceptionnels d’objets sportifs, tous dédicacés, a permis de récolter près de 77 000€ pour soutenir des sportifs haut niveau en difficulté. 

Le tennisman Michaël Llodra a organisé une soirée de vente aux enchères (photo Jean-Marie Heurvio/KMSP)

La troisième précarité touche la jeunesse en fragilité. « Beaucoup de jeunes n’ont pas accès au sport, regrette Benoît. Or les valeurs du sport construisent l’homme, à travers les règles, le respect etc. Il faut aider les associations de terrain. Financièrement mais aussi en concertation avec elles, en sollicitant les athlètes de haut niveau pour qu’ils viennent passer du temps auprès de ces jeunes. On écoute différemment quand c’est un champion qui parle. « 

Les artistes aussi

Toutes les personnes contactées, des sportifs bien sûr mais aussi des artistes et des personnalités (Claudia Tagbo, Jacques Gamblin, Manu Katché etc.) ont répondu ‘’tu peux compter sur moi’’. Quand ils adhèrent à l’association (gratuitement), ils s’engagent pour une action par an. Ce n’est pas invasif. Tout est évidemment entièrement bénévole. Ensuite, chacun contribue selon ses moyens, son temps. L’Abbé Pierre ou Coluche ont ouvert des voiesUn peu comme des alpinistes. A nous de les suivre, de nous en inspirer. Et de parler d’une seule voix. » conclue ainsi le fondateur des Etoiles du Sport.

A propos de JEAN-MARC DEVRED 677 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.