FOOTBALL : LE LOSC S’ENFONCE DANS UN PSYCHODRAME INJUSTIFIÉ

crise au LOSC Olivier Létang et Bruno Genesio
Olivier Létang et Bruno Genesio ont déclenché une crise inutile (photo d'archives JMD/Sports 5962)

La défaite du LOSC contre le Stade Rennais (0-2) lors du premier match de l’année a des conséquences qui dépassent largement le cadre sportif. Les réactions épidermiques de son président, de son entraîneur et de ses ultras ont déclenché une tempête que rien ne justifiait. Les dirigeants lillois risquent de payer cher une politique de communication totalement incohérente. D’où une affaire dont ils ont désormais bien du mal à se dépétrer.

L’histoire démarre à la 13è minute du dernier match de la 17è journée de Ligue 1. L’affiche oppose le LOSC à Rennes au stade Pierre-Mauroy. Alexsandro, qui effectue sa rentrée, commet une faute grossière sur Breel Embolo, qui file au but. L’arbitre, Eric Wattellier, n’hésite pas et sort le carton rouge. Une expulsion (une de plus) qui provoque la fureur d‘Olivier Létang et Bruno Genesio, qui vont s’en prendre au référé de façon véhémente. Et qui va faire basculer la rencontre en faveur des Bretons. Les joueurs lillois vont même devoir retenir leur entraîneur avant le retour au vestiaire. Celui-ci boycottera aussi la conférence de presse (obligatoire) d’après-match. Seul Nabil Bentaleb s’exprimera en zone mixte dans une parfaite langue de bois.

Plus grave: les DVE, privés de leur kop habituel (suspendu) vont proférer des propos haineux contre l’arbitre notamment, accompagnés (et ce n’est pas nouveau) de slogans homophobes. Et insulter les journalistes auprès desquels ils ont été placés dans la tribune d’honneur. En coulisses, selon nos confrères présents au match, un dirigeant du LOSC va dénier ce dérapage;

Déchaînement sur les réseaux sociaux

Sur l’antenne d’ICI NORD, Sylvain Charley dénonce lundi soir le comportement des ultras, et l’attitude des dirigeants. Cette prise de position parfaitement justifiée (et courageuse) va déclencher une avalanche de haine sur les réseaux sociaux contre notre confrère qui déposera une main courante face à ce cyberharcélement. Il recevra le soutien de toute la profession, mais aussi de la Fédération Française de Football.

« Attachée à la liberté de la presse, la FFF condamne avec la plus grande fermeté ces attaques inacceptables et réaffirme son intention de lutter contre tous ces types de comportements abjects, qui n’ont pas leur place dans un stade ni en dehors. »

Mais dès lundi, le Conseil National de l’Ethique, annonçait se saisir du dossier lillois suite au comportement de Létang et Genesio envers l’arbitre. La commission d’arbitrage de la Ligue du Football Professionnel (LFP) validait la décision de M.Wattellier, droit dans ses bottes, qui avait expliqué l’expulsion d’Alexsandro après le direct TV. Ce que ne font pas tous les arbitres.

Le CNE va effectivement condamner fermement l’attitude des responsables lillois. « Accuser le corps arbitral dans son ensemble, ou tel arbitre en particulier, de partialité, dans le but de faire pression sur lui ou de souder les supporters autour du club, est une faute grave contre l’éthique et une atteinte inadmissible à l’image du football. Le Conseil insiste auprès de la LFP pour rappeler aux dirigeants leur devoir d’exemplarité et pour faire respecter strictement les règles régissant l’accès au bord du terrain. »

Le LOSC lui ne réagira que 4 jours après le match, en condamnant fermement le comportement des supporters durant cette soirée électrique. En promettant aussi des sanctions dans ce communiqué officiel bien tardif.

Le mea culpa de Genesio

Mais le mal est déjà fait. Et le club lillois a déclenché tout seul une polémique qu’il ne parvient pas à contrôler. Ainsi, le nouveau directeur exécutif, un proche d’Olivier Létang arrivé en octobre, annonce que « le club ne répondra à aucune question relative au match du week-end dernier contre le SRFC« . Et la veille de cette conférence de presse, le service de communication annonce aux journalistes qu’elle était reportée à samedi, car « Bruno Genesio est souffrant » ! C’est ce qui s’appelle pédaler dans la choucroute.

Le lendemain, séance de rétropédalage. Bruno Genesio, visiblement grippé, s’est d’abord excusé d’avoir boycotté la conférence de presse d’après-match. « Je n’étais pas dans un état psychologique pour faire une conférence de presse comme j’aime les faireEn étant lucide et objectif. Je ne voulais pas aggraver mon cas et dire des choses qui allaient dépasser ma pensée. Sur le moment, j’ai donc préféré m’abstenir. » Et contrairement à ce qui avait été annoncé la veille, l’entraîneur lillois a répondu aux questions sur le match LOSC-Stade Rennais. « On n’est jamais très fier de ce genre de comportement même si à chaud, on peut avoir du mal à se contrôler. Simplement, je continue de croire que M. Vattellier aurait pu prendre un peu plus de temps avant de sortir le carton. »

Dans cette conférence d’une demi-heure, Genesio affirmera ainsi que selon les datas, Embolo n’avait que 3% de chances de marquer. Et de conclure sur ce dossier. « Parfois, j’ai des excès. Mais je le vis comme ça. Je l’ai vécu comme une injustice sur le moment, ce qui m’a fait sortir de mes gonds. Mais je travaille là-dessus, même si je commence à  être à un âge avancé. « 

Une polémique maladroite et sans fondement

Pourtant, rien ne justifiait cette crise de communication. Car tout va bien sur le plan sportif. Malgré cette défaite 0-2 à domicile contre un concurrent direct pour les places européennes, le LOSC reste 4è en championnat. A égalité de points (32) avec Marseille (mais à 8 points de Lens). Lille est également bien placé pour se qualifier pour les barrages de la Ligue Europa. Et il est toujours qualifié en Coupe de France avant de recevoir l’OL dimanche. Un choc qui sera scruté de près et qui pésera lourd, vu le contexte. On imagine la pression qui sera sur les épaules de Clément Turpin, désigné pour diriger ce match « spécial ».

Mais il y a aura certainement des suites dans ce qui est devenu « l’affaire du match LOSC-Rennes ». Olivier Létang et Bruno Genesio, et le club dans son ensemble, pourraient bien être lourdement sanctionnés pour ces dérapages inacceptables.

A propos de JEAN-MARC DEVRED 1779 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.