Amaury Sport Organisation (ASO) a effectué la traditionnelle reconnaissance des secteurs pavés de Paris-Roubaix au lendemain du week-end pascal. C’était l’occasion pour le directeur de la course, Thierry Gouvenou, de faire le point sur l’édition 2026 de Paris-Roubaix, qui s’annonce exceptionnelle, avec quatre courses (juniors, espoirs, femmes, élites) le même jour. Le parcours sera certainement dans un bon état, pour favoriser une course intense chez les hommes. Avec un nouveau duel annoncé entre Mathieu van der Poel et Tadej Pogacar.
Quel est l’état de la tranchée d’Arenberg aujourd’hui ?
Thierry Gouvenou. « La trouée nous a, comme chaque année, posé des soucis. Lorsqu’on est venu cet hiver, on avait remarqué qu’il y avait beaucoup de terre, beaucoup de feuilles, notamment ramenées avec les sangliers. On s’est rapproché de la ville de Wallers et de la porte du Hainaut pour voir ce qu’on pouvait faire. On s’est décidé à couper la trouée d’Arenberg en trois parties.
La ville de Wallers a nettoyé la première partie, et a enlevé un bon mètre de terre. La porte du Hainaut a pris la suite avec un gros brossage sur la seconde partie. Et puis sur la dernière partie, on a laissé faire les chèvres de l’Espoir et Avenir. Et donc on a des chèvres qui, en ce moment, sont en train de brouter pour enlever le surplus d’herbe. On peut penser que dimanche, on aura une trouée d’Arenberg dans un état impeccable comme on ne l’a pas vu depuis quelques années. »
Une tranchée moins dangereuse
L’arrivée sur la trouée d’Arenberg ne pose plus de problème ?
Non. Il y avait eu une grosse polémique en 2024 avec une chicane qui n’avait pas fait que des heureux. Mais ça avait été une demande tardive du syndicat des coureurs qui demandait à faire ralentir la vitesse des coureurs à l’entrée de la trouée. On avait trouvé une idée ponctuelle en faisant le tour d’un îlot central qui n’était pas très heureux, c’est vrai. Mais on avait une solution en repli. Sauf qu’il fallait mettre en place des travaux. Ceux-ci ont été réalisés par la porte du Hainaut. Depuis, on l’a testé l’an passé. Ça s’est super bien déroulé, c’est très fluide. On va donc répéter la même chose cette année.
Est-ce qu’on la traverse moins vite, cette trouée ?
Oui, l’objectif, c’était de mettre 4 virages avant d’entrer dans la trouée d’Arenberg. Le dernier virage est à une quarantaine de mètres des premiers pavés. Les coureurs n’arrivent plus à 70-75 km heure, mais plutôt à 45. Et ça fait une grosse différence pour arriver sur ces premiers pavés qui sont quand même terribles.
C’est quoi votre scénario idéal ici ?
Je voudrais qu’il y ait un groupe assez compact, que la course ne soit pas jouée, qu’il y ait encore du suspense parce qu’on est quand même à plus de 80 km de l’arrivée. Ce pavé est tellement différent des autres. Il y a des grands risques de casses matérielles, de crevaisons, de bris de roues, ou de vélo. Et donc, tant qu’on n’a pas passé Arenberg, il n’y a aucune garantie d’aller jusqu’à Roubaix. Il faut encore avoir des équipiers autour de soi pour pouvoir suppléer son leader en cas de coup dur.
Nouveau duel au sommet
Doit t’on s’attendre à un nouveau duel entre Van der Poel et Pogacar ?
L’an dernier on avait des doutes pour savoir si Pogacar pouvait être au niveau sur Paris-Roubaix. Il a prouvé qu’il était là pour la gagne. Pogacar va arriver avec une envie de gagner; une obsession de gagner cette course-là, qui va être intraitable. Il faudra du grand Mathieu Van Der Poel pour pouvoir le contrer. S’il y a une course qui peut lui échapper, ça celle-là car c’est celle qui lui correspond le moins. C’est tout plat, il faut vraiment une force physique incroyable. Je pense qu’il l’a dans la tête. Mentalement, on a vu qu’il était très fort, notamment sur Milan-San Remo. En tant qu’organisateur, s’il pouvait encore patienter 2-3 ans avant de gagner, ce serait pas mal… Sa venue sur Paris-Roubaix est importante et montre aussi qu’on peut faire les grands tours et les classiques. Et ça c’est super important pour le cyclisme en général.

Comment Paris-Roubaix pourrait échapper à Pogacar cette année ?
Il y a plein de choses qui peuvent lui faire échapper. Déjà il y a les conditions climatiques. Si c’est très sec, ce sera plutôt favorable pour lui. Par contre, s’il y a du vent de face, ça pourrait le défavoriser parce qu’il aura plus de mal à lâcher ses adversaires sur du plat. Si c’est humide, on sait que les qualités des crossmen sont hyper importantes dans ces conditions-là; et des Van Aert, Van der Poel seront beaucoup plus à l’aise que lui sur les pavés. On a vu notamment l’an passé sur les pavés humides de Montmartre que ça a effacé les différences avec l’humidité. Je pense que Mathieu Van Der Poel aujourd’hui a encore une petite marge de sécurité par rapport à Pogacar.
Quatre courses le même jour
Cette année, les quatre Paris-Roubaix ont lieu le même jour. Cela va certainement engendrer des problèmes de circulation ?
Oui, ça nous a posé quand même des soucis. Mais on a tout mis en place pour que ça se déroule le mieux possible, pour que ce soit le plus fluide possible. On va demander surtout aux spectateurs d’être sages, d’attendre la course femmes et de ne pas emprunter le parcours après la course hommes. C’est important d’aller sur le parcours et d’éviter tous les accidents ou les embouteillages possibles. C’est surtout ça notre crainte, que les spectateurs s’impatientent et quittent le parcours. »
123ème édition de Paris-Roubaix (258,3 km); dimanche 12 avril 2026. Départ de Compiègne à 10h50. Arrivée au vélodrome de Roubaix vers 17h.