Le quintuple champion paralympique de ski alpin, Arthur Bauchet, participait ce week-end aux championnats de France de paracyclisme sur piste au vélodrome de Roubaix. Le prodige français (26 ans) a en effet intégré il y a deux ans la structure handisport de Cofidis. Et il a depuis obtenu sur route des résultats excellents, au niveau des meilleurs spécialistes mondiaux. Mais Bauchet découvrait la piste, avant de reprendre la saison de ski au Chili. Il espère maintenant participer aux Jeux paralympiques de Los Angeles. Si sa maladie le permet… Entretien exclusif à Roubaix avec ce champion plein d’enthousiasme et d’énergie.
SPORTS 59/62. Arthur, tu récupères du kilomètre, alors comment ça s’est passé ?
Arthur Bauchet. « Franchement, c’était trop bien, c’est une vraie découverte pour moi. Je remercie l’organisation des Championnats de France de m’avoir laissé ma chance. Normalement c’est demain, mais moi je pars ce soir au Chili pour reprendre ma carrière de skieur. Merci d’avoir adapté le programme pour que je puisse avoir un temps sur le kilomètre, ça me tenait à cœur. Et c’est une très bonne sensation, un très bon temps. Je suis content parce qu’il y a encore pas mal de pistes à explorer pour aller bien plus vite.
L’optique « One Life »
Comment es-tu arrivé au paracyclisme alors qu’on te connaît surtout comme skieur ?
« Effectivement, au début c’est parti comme de l’entraînement, parce que je ne peux pas courir avec ma maladie. Donc c’était beaucoup de vélo, et chercher ce que je pouvais avoir de plus que mes concurrents à ski. Je me suis dit, me pousser un peu plus dans le vélo, ça peut m’aider. Et ça m’a tellement aidé que j’ai eu envie de faire une double carrière. Depuis quelques années, j’ai la chance d’être soutenu par Cofidis dans ce double projet. L’équipe me porte sur le vélo pour aller chercher, j’espère, un record dans pas très longtemps. En tout cas, c’est bien parti après 5 jours de piste.
Maintenant que tu te consacres à fond aussi bien au ski en hiver et au cyclisme en été, comment tu concilies tout ça ? Au niveau organisation, ça ne doit pas être évident…
Effectivement, concilier les deux, ce n’est jamais facile. Le programme de la journée le prouve. Je suis là depuis 9h ce matin, je fais deux courses et je prends l’avion ce soir pour partir. J’ai 14h de vol pour aller au Chili skier pendant un mois. C’est dur des fois de concilier les deux. Mais j’ai de la chance parce que mon équipe ski et mon équipe cycliste ont tous les deux l’intelligence de me laisser partir sur les événements. C’est super, je les remercie de m’aider à concilier tout ça. Je suis dans une optique de « one life », il faut profiter à fond. Je ne sais pas combien de temps mes jambes vont tenir; et tant qu’elles tiennent, je ne les ménage pas.
Objectif Los Angeles
Tes premiers résultats sur route sont très très bons. Est-ce que tu t’attendais à atteindre ce niveau aussi vite ?
Non, je ne m’attendais clairement pas à ce que ça fasse des résultats aussi vite. Après, je pense que c’est aussi mon état d’esprit qui est vraiment un moteur dans le vélo aussi parce que j’ai cette explosivité. Je pense que c’est une des meilleures de ma catégorie, les C2, ça c’est vraiment ma force. Après, c’est plus dur sur la longueur, on voit là sur le quatrième tour au kilomètre, c’était déjà un peu dur. Mais voilà, je mets mes qualités en avant et j’essaie de les exploiter au mieux. Et aussi, je n’aime pas perdre. Ça aide aussi en vélo, même si je dois me mettre dans des états pitoyables. Je veux finir en ayant donné le meilleur de moi-même.
Tu sors des Jeux paralympiques d’hiver de Milan-Cortina. Est-ce que tu vises maintenant ceux d’Eté de Los Angeles 2028 en vélo ?
C’est vrai que ce serait un rêve. Les Jeux pour tout sportif, c’est une consécration. J’ai eu la chance d’en vivre trois en ski. Et c’est vrai que ça m’attire forcément à LA. Mais je sais que la concurrence est très dure, que le combat va être rude. C’est ça aussi qui me motive, donc c’est cool. Comme d’hab, je vais donner le meilleur de moi-même et puis je verrai.

Le plus Cofidis
En tout cas, pour les paracyclistes, être dans la structure Cofidis, qui a sa propre section handisport, c’est quand même un gros avantage ?
Clairement ! Cofidis c’est la seule équipe pro du circuit à avoir une section handi. Ils nous apportent un soutien monstrueux, que ce soit sur le matériel, sur l’équipement et même les autres athlètes. Moi, ils m’ont fait énormément évoluer. Que ce soit Louis (Hubert), Gatien (Le Rousseau), Eliott (Pierre), Kattel (Alençon), tous me poussent à donner le meilleur de moi-même. Ils m’apportent les bases du mouvement cycliste que je n’ai pas forcément. Ils me permettent de grandir et je pense que si j’ai eu aussi cette rapidité-là dans l’acquisition des résultats, c’est notamment grâce à l’équipe.
Justement, en dehors de la compétition, est-ce que tu t’intéresses au cyclisme, et tu regardes les courses des valides ?
J’essaye… Après, c’est vrai que c’est un peu chaud de comprendre. Des fois, quand on est en stage, on regarde les courses cyclistes ensemble, notamment avec Mathieu Desfontaine, l’entraîneur. Je ne comprends pas tout à la technique, la tactique et tout ça. Du coup, il m’explique vachement. C’est tout cet accompagnement-là qui est super intéressant. Avant mes épreuves, je regardais sur YouTube des tutos pour le kilomètre sur piste. Forcément, je m’intéresse et j’essaye de prendre un peu les « tips » un peu partout. »
Entretien réalisé au vélodrome régional de Roubaix le 26 septembre 2026.