CYCLISME : QUELLES RAISONS ET QUELLES SOLUTIONS FACE A LA MULTIPLICATION DES CHUTES ?

Cyclisme les chutes
La tranchée d'Arenberg suscitait des craintes (photo ASO/Pauline Ballet)

Cette première partie de la saison de cyclisme est marquée par les chutes, de plus en plus fréquentes et surtout, de plus en plus graves. Le phénomène n’est pas nouveau. Mais il a pris de l’ampleur avant Paris-Roubaix avec notamment les chutes spectaculaires survenues notamment lors de A Travers la Flandre, ainsi qu’au Tour du Pays Basque. Car elles ont mis par terre ou envoyé à l’hôpital des cadors comme Wout van Aert, Mads Pedersen, Remco Evenepoel, Primoz Roglic ou Jonas Vingegaard.

Ces images chocs ont fait le tour des télés et des réseaux sociaux. Ce qui obligé les organisateurs à prendre des mesures d’urgence. Plusieurs neutralisations ont ainsi eu lieu sur des courses comme le Tour du Pays Basque, la Roue Tourangelle ou Paris-Camembert. Une chicane, prétexte à polémique, a vu le jour à l’entrée de la tranchée d’Arenberg pour ralentir les coureurs. Chacun avait son opinion, comme le coureur de Décathlon/AG2R Damien Touzé, rencontré avant l’Enfer du Nord.

Vidéo Dailymotion SPORTS 59/62. Damien Touzé au Moulin de Vertain avant Paris-Roubaix.

Damien Touzé émet ainsi l’opinion qu’il n’y a pas forcément plus de chutes qu’avant dans le cyclisme. Mais qu’elles sont beaucoup plus vues.  » Désormais, les courses sont de plus en plus télévisées. Il y a des caméras partout dans le peloton. La moindre chute est filmée, avant d’être publiée sur les réseaux sociaux.« 

La pression de l’enjeu

Cet avis est aussi celui de son équipier belge Oliver Naesen.  » La chute survenue au Tour du Pays Basque, c’est de la malchance. Apparemment, elle a été provoquée par des racines d’arbre sous le bitume. Cette chute, il y a quelques années encore, on n’en aurait même pas parlé à la télé. » Mais le routier-sprinter ostendais reconnaît aussi la responsabilité des coureurs dans ces accidents de course. « Il y a de plus en plus d’enjeu dans les courses. Cela entraîne des moyennes de plus en plus élevées ». Et donc des risques de plus en plus fréquents et des chutes de plus en plus graves.

Vidéo. La chute survenue lors de la 4ème étape du Tour du Pays Basque.

Oliver Naesen constate que lui tombe une ou deux fois chaque année.  » C’est peu sur l’ensemble de la saison. Il est possible de limiter les risques en courant devant. Et personnellement, je n’ai pas peur avant de prendre le départ d’une course car je maîtrise mes risques.. »

Cette responsabilité des coureurs a d’ailleurs été évoquée par David Lappartient, après le Pays Basque. Présent à Roubaix samedi, le président de l’Union cycliste Internationale (UCI), affirme ainsi pour l’AFP que « 50 % des chutes sont dues à leur attitude ». Aussi, il veut créer « dès cette année un principe de cartons jaunes et cartons rouges comme au foot pour que les attitudes dangereuses soient mieux sanctionnées. »

Cependant, Lappartient reconnaît que le matériel est aussi en cause. Les freins à disque, peut-être trop efficaces; comme les oreillettes qui déconcentrent les coureurs. Mais là-dessus, chacun a aussi son avis.  » Personnellement, je pense que les freins à disques sont mieux pour nous, affirme ainsi Damien Touzé, notamment an cas de pluie. Quant aux oreillettes, il y a des avantages et des inconvénients. Nous sommes ainsi avertis des dangers sur la route durant la course. Mais cela rajoute de la nervosité. »

Des moyennes élevées avec un matériel pointu

Cette série de chutes dans le cyclisme n’inquiète pas trop le néo-pro Jordan Labrosse, qui découvrait ainsi Paris-Roubaix cette année. « Les risques, on les connaît. Mais c’est le vélo et c’est pour cela que l’on a signé. Nous essayons de ne pas penser à la chute avant, sinon, autant ne pas prendre le départ. Même si tous ces accidents amènent forcément à réfléchir. »

Les risques sont plus importants avec la vitesse. Et l’on constate ainsi des moyennes de plus en plus élevées sur chaque course. La qualité des coureurs qui s’entraînent de mieux en mieux explique ces moyennes records. Mais aussi un matériel de plus en plus pointu, avec des vélos qui deviennent de véritables fusées.

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Les vélos sont de plus en plus performants (photo JMD/Sports 5962)

Le fabricant nordiste Van Rysel, la marque vélo de Décathlon, équipe ainsi les équipes Décathlon AG2R et Roubaix Lille-Métropole. Son responsable, Nicolas Pierron, est conscient que ces vélos entraînent des vitesses records.  » Les coureurs vont de plus en plus vite car il y a beaucoup d’enjeux. Ils veulent notamment bien se placer. Nous ne pourrons pas les empêcher d’aller vite. En revanche, les équipementiers, nous avons le devoir d’améliorer la sécurité. C’est ce qu’ont très bien fait les sports mécaniques avec la formule et la MotoGP. A nous de proposer des solutions pour préserver l’intégrité de nos coureurs.« 

L’une des solutions proposés, c’est la limitation des braquets. « Techniquement, nous pouvons limiter les braquets. Mais ce n’est peut-être pas la meilleure solution. Il y en a d’autres comme mettre des airbags en cas de chute. Il ne faut pas cependant aller à l’encontre de la performance. »

Le cyclisme à un tournant

Nicolas Pierron, comme les coureurs et les organisateurs, pense qu’il faut maintenant rapidement « se mettre autour d’une table« , pour trouver rapidement des solutions pérennes.  » Notre terrain de jeu, c’est la route. Des accidents, il y en a toujours eu. Mais il faut à tout prix préserver la santé des athlètes. » Le cyclisme se trouve certainement à un virage important (c’est le cas de le dire) de son évolution.

Vidéo Dailymotion SPORTS 59/62. L’interview de Nicolas Pierron, le responsable de Van Rysel (groupe Décathlon).

On a d’ailleurs sans doute assisté à une prise de conscience des coureurs lors du dernier Paris-Roubaix. Il y a eu moins de chutes que par le passé dans ce Monument du cyclisme. Et surtout, elles ont été moins graves. Seuls deux coureurs ont dû prendre l’ambulance. L’Italien Elia Viviani a été le plus touché. Mais il ne souffrait d’aucune fracture, tout comme le vainqueur du Samyn Laurenz Rex, pourtant sérieusement « rapé ».

Visiblement, les coursiers ont fait preuve de prudence, comme on l’a d’ailleurs vu dans la chicane d’Arenberg, franchie sans aucun problème. Cela donne donc raison à David Lappartient. L’instigation de cartons comme en football pourrait donc constituer une solution intéressante.

Mais nul doute qu’elle engendrera une nouvelle polémique si elle venait à voir le jour… C’était le cas lorsque l’UCI a imposé le port du casque après le décès du coureur de Cofidis Andréi Kivilev. Aujourd’hui, plus aucun coureur ne pense à courir où s’entraîner sans son casque.

Retrouvez les interviews en vidéo de Oliver Naesen, Jordan Labrosse et Nicolas Pierron sur Dailymotion SPORTS 59/62.

A propos de JEAN-MARC DEVRED 1606 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.