CYCLISME : UN PODIUM TOTALEMENT INATTENDU A PARIS-ROUBAIX FEMMES 2023

Paris-Roubaix Femmes Jackson
Le Canadienne Alison Jackson s'impose au sprint au vélodrome de Roubaix (photo Thomas Maheux/ASO)

Indécise jusqu’au bout, la 3e édition de Paris-Roubaix Femmes avec Zwift s’est achevée sur une monumentale surprise. Partie avant les premiers pavés, une échappée fleuve, initialement composée de 18 éléments, a résisté au retour des favorites pour s’expliquer au sprint dans le vieux vélodrome André-Pétrieux. La victoire dans Paris-Roubaix Femmes 2023 revient à la Canadienne Alison Jackson (EF Education-Tibco-SVB) devant l’Italienne Katia Ragusa (Liv Racing TeqFind) et la Belge Marthe Truyen (Fenix-Deceuninck). Les Françaises Eugénie Duval (FDJ-Suez) et Marion Borras (St Michel-Mavic-Auber93) prennent les 4e et 5e places. La grande favorite Lotte Kopecky a réglé ce qu’il restait du peloton, à 12 secondes seulement, pour terminer finalement 7e.

Le public était relativement clairsemé devant l’hôtel de Ville de Denain, lors de la présentation des équipes du 3ème Paris-Roubaix Femmes. 140 coureuses de 24 équipes se retrouvaient au départ de la reine des classiques, sur un parcours évidemment allégé par rapport aux Hommes. Au programme: 145,4 km avec quand même 17 secteurs pavés pour un total de 29,2 km.

« L’enthousiasme prend le dessus sur tout le reste »

Marion Borras, Saint-Michel Auber93

Les jeunes femmes avaient le sourire sur le podium. Les conditions météo s’annonçaient plutôt favorables, ce qui bien sûr ôtait une vraie part de stress aux concurrentes. Ainsi, la pistarde de Saint-Michel Auber93, Marion Borras résumait ainsi son état d’esprit. « Il y a un peu de tout. Il y a de l’excitation, un peu de peur. C’est un sentiment mitigé. D’un côté, on a hâte de partir. D’un autre côté, on appréhende beaucoup. On ne sait pas trop comment ça va se passer. On a peur des chutes forcément. Mais c’est tellement une grande course et un mythe que l’enthousiasme prend le dessus sur tout le reste. »

Paris-Roubaix Femmes 2023
Marion Borras et Alison Avoine au départ à Denain (photo JMD/Sports5962)

Le rebond de Audrey Cordon-Ragot

Les coureuses françaises ont été particulièrement applaudies, à commencer par les deux régionales Victoire Berteau (Cofidis) et Alison Avoine (Saint-Michel Auber). Mais la concurrente la plus attendue était Audrey Cordon-Ragot. La championne de France s’alignait au départ à Denain; ce qui semblait impossible quelques jours auparavant. Faute d’être payée, la Bretonne a rompu son contrat avec l’équipe espagnole Zaaf. Alors qu’elle ne devait en principe plus recourir avant le 1è juin, l’équipe américaine Human Power Health l’a récupéré. Et Audrey a bénéficié d’une dérogation de l’UCI pour participer à Paris-Roubaix 2023. Or, quelques semaines auparavant, elle semblait bien positionné chez Zaaft, quand nous l’avions rencontré au départ du Samyn des Dames.

Après cette expérience ratée en Espagne, la championne de France ne cachait pas son soulagement au départ à Denain. « C’est le moment le plus dur en retrouvant aussi beaucoup de mes anciennes coéquipières. C’est beaucoup d’émotion. Mais maintenant je suis quelqu’un qui sait faire la part des choses. Une fois que le départ sera donné, cela ira mieux. » Audrey faisait certainement référence à son AVC survenu l’an passé. Un grave problème de santé qui a failli mettre fin à sa carrière, à l’âge de 33 ans. « J’ai pu quand même m’entraîner. Mais c’est mentalement que je me sens plus sur le fil, et que je suis vraiment fatiguée. Mais voilà, j’aurai quelques jours de repos après Roubaix. Ce soir, je vais pouvoir relâcher tout. Là pour le moment je dois rester focus et concentrée. Mais il n’y a pas de raison que ça aille mal. »

Vidéo SPORTS 59/62. Interview de Jean-Marc Devred au départ du Samyn à Quaregnon, le 28 février.

Trois Françaises au premier plan

Malheureusement, la championne de France, trop juste, terminera à 1’45 des premières, à une anonyme 35ème place. Avec la satisfaction d’avoir quand même terminé la course dans un contexte difficile. Cette 3ème édition de Paris-Roubaix Femmes donnera lieu à un scénario inédit. La Néerlandaise Daniek Hengeveld, 20 ans, part seule juste avant la mi-course, dans le secteur n°16 et va tenir un moment en solitaire, avant la constitution d’une grande échappée de 18 coureuses.

Les Françaises Eugénie Duval, Marie Morgane Le Deunff (Arkéa Samsic) et Marion Borras accrochent cette échappée, qui ira au bout. Le public nombreux à Roubaix se prend même à rêver à une victoire française, notamment grâce aux talents de pistarde de Borras. « Mais je n’ai pas l’habitude de sprinter sur une piste de 500m », confiera la Française après l’arrivée, sur la pelouse du vélodrome. « Je n’y croyais pas. J’ai essayé d’être la plus maligne possible. Mais il y a eu la chute de la SD Work qui m’a fait peur. Je ne voulais pas prendre le manche trop tôt. Mais je l’ai fait quand même un peu trop tôt.« 

Marion Borras termine ainsi 5ème, mais malgré tout 2ème Française. L’expérimentée Eugénie Duval (FDJ-Suez) lui souffle en effet la 4ème place finale. Les deux tricolores échouent au pied du podium, derrière un trio inattendu.

Paris-Roubaix Femmes Jackson
Eugénie Duval sera la meilleure Française sur les pavés (photo Thomas Maheux/ASO)

A la surprise générale, la Canadienne Alison Jackson (EF Education) s’impose devant l’Italienne Katia Rakusa (LIV Racing) et l’inattendue belge Marthe Truyen (Fenix-Deceuninck). Un podium qui aurait valu une énorme côte avant le départ. La grande favorite Lotte Kopecky (SD Work) se contente de la 7ème place, malgré un beau retour du groupe de poursuivantes.

Les Nordistes discrètes sur leurs pavés

On notera aussi la 8ème place de l’Anglaise Pfeiffer Georgi, vainqueure du Grand Prix de Fourmies 2021; la 9ème de l’Italienne Chiara Consonni (UAE Team), lauréate à Isbergues l’an passé. Et la 10ème de la Néerlandaise Marianne Vos (Jumbo Visma) l’autre grande favorite. L’Italienne Elisa Longo Borghini (Trek Segafredo) est également piégée après une chute et termine 21ème à 23 secondes. C’est la déroute des Pays-Bas considérée comme le bastion imprenable du cyclisme féminin.

Chez les régionales, petite déception pour Victoire Berteau. La Lambrésienne arrive avec 1’45 de retard pour échouer à la 29ème place. L’Avesnoise Alison Avoine parvient au bout à Roubaix dans les délais, mais loin, 95ème à 15’17. La Nordiste était presque en larmes après la course. « C’est frustrant parce que j’étais bien placée sur la première boucle. Et puis il y a eu une chute juste devant moi et je ne pouvais rien faire. Après, Roxane (Fournier) est prise dans une chute et je l’attends car c’est une de nos leaders. Je la remonte. Plus loin elle crève. Puis moi aussi après Mons-en-Pévèle. Nos voitures étaient super loin. C’est frustrant car j’ai eu du mal ces dernières semaines avec mes études. Mais j’ai tout fait pour être prête. Je l’étais et… » Alison, trop émue, ne terminera pas sa phrase.

Comme toutes les concurrentes, Alison Avoine est allée au bout d’elle-même pour terminer ce Paris-Roubaix Femmes 2023, loin derrière Jackson. Sur les 140 partantes,104 coureuses sont classées. 20 sont arrivées au vélodrome en dehors des délais. 16 ont abandonné. Des chiffres qui ne démontrent qu’en partie l’incroyable dureté de la course.

Les réactions

Alison Jackson (1ère de Paris-Roubaix Femmes 2023):  “Je dis toujours que j’adore les courses de vélo mais la victoire procure un plaisir très spécial. Et sur cette grande course, nous avons écrit l’histoire. En tant que Canadienne, c’est assez monumental de marquer ainsi l’histoire du cyclisme de mon pays. C’est la plus grosse victoire de ma carrière…  J’ai grandi dans une ferme. L’une des choses que je devais faire était de ramasser les cailloux dans les champs. Je vais pouvoir ramener un autre caillou à la maison ! »

Katia Ragusa (2ème): » L’échappée était vraiment grosse, on était 18, c’était bien. On a obtenu une grosse avance et ça s’est bien passé ! Pour le sprint, j’ai hésité à anticiper à l’entrée du vélodrome. Mais ça allait trop vite, ce n’était pas possible pour moi de partir. Je me suis donc placée à l’avant, en 3e position. Puis j’ai donné tout ce qu’il me restait. »

Marthe Truyen (3ème): ”Troisième, pour moi, c’est comme une victoire. C’est une grande émotion. Avant la course, je songeais qu’un top 20 serait vraiment bien. Je finis 3e, donc c’est super. Je n’avais jamais roulé dans un vélodrome ! J’aurais peut-être pu faire mieux… Je n’étais pas censée venir, j’ai eu le covid après Samyn. J’ai eu de la fièvre, mais pas trop durement, et dû patienter six jours sans rouler… Je suis Belge, la plupart des gens doivent penser que ma course préférée est le Tour des Flandres. Mais il s’agit bien de Paris-Roubaix ! »

Eugénie Duval (4ème): « à chaud, il y a de la déception. Terminer sur le podium, cela aurait été le pur bonheur. Là, je me suis fait doublée sur la droite. Je ne m’y attendais pas du tout. »

Classement de Paris-Roubaix Femmes 2023

Katia Ragusa, Alison Jackson et Marthe Truyen: un podium que l’on n’attendait pas pour Paris-Roubaix Femmes (photo ASO/Thomas Maheux)

1 – JACKSON Alison (EF Education-TIBCO-SVB) Les 145,4 km en 3h42’56
2 – RAGUSA Katia (Liv Racing TeqFind) m.t
3 – TRUYEN Marthe (Fenix-Deceuninck) m.t
4 – DUVAL Eugénie (FDJ – SUEZ) m.t
5 – BORRAS Marion (St Michel – Mavic – Auber93 WE) m.t
6 – LACH Marta (CERATIZIT-WNT Pro Cycling) + 0:03
7 – KOPECKY Lotte (Team SD Worx) + 0:12
8 – GEORGI Pfeiffer (Team DSM) m.t
9 – CONSONNI Chiara (UAE Team ADQ) m.t
10 – VOS Marianne (Team Jumbo-Visma) m.t

A propos de JEAN-MARC DEVRED 1578 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.

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