BASKET-BALL. LE BCM GRAVELINES ET L’ESSM LE PORTEL SE MAINTIENNENT APRES UNE SAISON CALVAIRE

bilan de la saison BCM et ESSM
Le derby retour a vu la victoire de l'ESSM à Sportica (photo JMD)

Quel bilan pour le BCM Gravelines-Dunkerque et l’ESSM Le Portel ? Les deux clubs phares de la région, distants de seulement 60 km, viennent d’enchaîner deux saisons difficiles. Et le covid n’explique pas tout. Sauvés sur le tapis vert l’année dernière, ils ont dû aller cette fois jusqu’au bout du championnat de Jeep Elite. Avec des parcours très différents. Retour sur cette saison compliquée.

Mercredi 12 mai, 18 heures… Le complexe sportif Sportica, fermé depuis le confinement, semble frémir un peu en cette soirée de printemps. Depuis quelques semaines, il accueille un centre de vaccination. Cette fois, la salle de basket est le décor d’un match particulièrement attendu: « l’Opalico », le derby entre les deux grands clubs de la Côte d’Opale.

Les deux clubs ont joué les deux derbies sans le soutien de leurs supporters (photo JMD)

En temps normal, ce derby aurait fait le plein avec des supporters « colorés » et une ambiance carnaval que l’on retrouve seulement dans ces deux petites villes maritimes du Pas-de-Calais. Mais cette fois, seuls quelques privilégiés vont pouvoir assister à ce choc. Un « Opalico » qu’on pourrait renommer le « Dramatico ».

Après une longue interruption, le championnat de Pro A a finalement repris, malgré le huis clos qui pénalise lourdement les finances des clubs. Quelques semaines après cette reprise intense avec deux voire trois matches par semaine, le BCM Gravelines et l’ESSM Le Portel ont connu deux parcours bien différents.

Le BCM Gravelines en plein naufrage

Les Portelois ont obtenu 5 victoires en 8 matches et ont commencé à sortir la tête de l’eau. Les Gravelinois, après avoir fortement changé l’effectif durant la coupure, ont enchaîné… 8 défaites ! D’où le coup de semonce des dirigeants, qui ont renvoyé le coach Serge Crévecoeur en Belgique un peu plus d’un an après l’avoir appelé au secours.

L’expérimenté JD Jackson est arrivé deux jours plus tôt, pour une mission sauvetage bien difficile. L’enjeu du match est énorme pour ces deux équipes qui luttent pour le maintien, exactement comme la saison précédente, où elles ont été « sauvées par le gong », grâce à l’arrêt prématuré des championnats professionnels.

Il n’y aura pas de sursaut pour le BCM, qui s’incline pour la 9è fois de suite. (63-73). Khalid Boukhichou était visiblement abattu par cette énième défaite. « Mentalement, ce n’est pas facile quand tu es dans une situation comme ça pour rester positif. Surtout qu’on a des gens un peu jeunes, pas habitués à être dans une situation pareille, qu’il faut tirer vers le haut  » soupirait ainsi le pivot belge du BCM. « Quand t’essaies de tout faire et tu n’y arrives pas, c’est difficile dans n’importe quel travail et pas forcément que dans le basket. Il nous reste 9 matchs, on a encore tout dans nos mains. Ça ne peut qu’aller mieux. Je ne crois pas qu’on puisse faire pire que ça. On va retrouver des rotations… »

Depuis cinq ans, le club du Nord de l’Aa évoluait sur un registre bas. Mais cette saison a constitué un summum au niveau du parcours et de sa gestion. Deux entraîneurs chacun pour un mandat très court (Serge Crévecoeur puis JD Jackson). Un double mercato à l’été puis cet hiver durant la coupure sanitaire. Du coup, le BCM avait épuisé tout son capital joueurs à l’attaque de la dernière ligne droite, quand les mauvais résultats sont revenus, après une embellie passagère à la reprise. Et cette fois, il n’y avait plus le tapis vert pour sauver le club de l’Aa.

La peur au ventre jusqu’au bout

Quand JD Jackson est arrivé, il restait dix « finales  » à jouer, mais avec un calendrier très difficile, notamment la réception des ogres Monaco et Lyon-Villeurbanne pour les derniers matches à Sportica, marqués par le retour du public. ainsi que le match présumé décisif contre Pau-Lacq-Orthez. Il a fallu attendre ce dernier match pour assurer le maintien, tout en regardant les résultats des autres clubs menacés. Le BCM pouvait en effet se permettre de perdre, si Chalon s’inclinait à Orléans, ou même si l’ASVEL s’imposait à Roanne.

Finalement, les Gravelinois auront souffert jusqu’au bout. Balayés pour la 3ème fois d’affilée devant leur public (80-100), face à une équipe de Pau coaché par Eric Bartéchékyl, qui avait été évincé du BCM il y a 16 mois… Les basketteurs de l’Aa se sont sauvés in extremis grâce à la défaite de Chalon à Orléans (87-79). L’essentiel était réalisé, après une fin de saison en forme de calvaire.

Les Gravelinois ont souvent subi comme ici, face à l’ASVEL (photo JMD)

Finalement, « l’effet Jackson » a peut-être eu lieu. Car depuis la défaite dans le derby, les Gravelinois ont plutôt fait ce qu’il fallait pour se sauver. Ils ont gagné 3 rencontres clés: à Nanterre (67-72), à Boulazac (75-80) et à domicile contre Chalon-sur-Saône 89-88.

Les défaites à Strasbourg (83-64), Pau (80-64), Limoges (87-77) étaient possibles et celles contre Monaco (74-91) et l’ASVEL (61-94) attendues, même si les écarts étaient élevés. Mais les Nordistes ont su gagner les matches qu’il fallait gagner face à des adversaires à leur portée.

 » Ici, il y a une situation d’extrême urgence« 

JD Jackson avant le derby

Le coach franco-Canadien a apporté son expérience et su redonner confiance à des joueurs en plein doute. Mais la mission s’annonçait difficile quand il est arrivé pour les dix derniers matches. On pouvait se demander aussi si JD Jackson était encore « dans le coup », puisqu’il n’avait plus entraîné depuis son éviction de l’ASVEL en janvier 2018. Plus de trois ans…

Un défi pour JD Jackson

L’ancien coach du Mans champion de France avait conscience du challenge comme il nous l’a confié juste après son arrivée. » A l’ASVEL, j’avais pris l’équipe beaucoup plus tôt dans la saison. L’équipe figurait dans les bas-fonds du classement. Mais j’ai eu plus de temps pour travailler. Tôt dans la saison, on peut plus facilement faire les ajustements car on a le temps… Ici, il y a une situation d’extrême urgence. Il faut traiter chaque match comme un match de play off et ne pas se soucier du contexte. Moi je suis excité. Cela fait longtemps que je n’ai pas été à la tête d’un club en France. Retrouver mes routines, mes repères dans une situation intensive, j’espère que mes joueurs vont respirer cette excitation pour retrouver le goût de la victoire ».

JD Jackson à l’entraînement avec Pape Sy et Lucas Bourhis (photo JMD)

Le pari tenté par les dirigeants gravelinois s’est révélé payant. De toutes façons, ils n’avaient plus d’autres options. Ils avaient déjà fait le plein des 14 contrats pros dans la saison. Mais les multiples choix ratés sur le recrutement ces dernières années pose question.

Le Portel entre espoir et déception

Après le double succès dans les deux derbies contre le BCM, l’ESSM semblait avoir assuré le maintien. Les Portelois semblaient même en position de lutter pour les play-off., après la victoire à Roanne (74-77). Un espoir vite retombé, au grand dam de Eric Girard, revenu aux affaires cette saison, après les intermèdes Périgois et Monschau. Faute de budget suffisant, le club du Portel avait choisi la carte France pour monter son effectif.

Les verts ont en effet enchaîné 5 défaites contre Bourg-en-Bresse (78-84), Pau (58-72), Orléans (79-67), Strasbourg 74-80), et Cholet (86-78) . Il a fallu attendre le dernier match au Chaudron qui avait retrouvé des supporters pour voir l’ESSM célébrer ce maintien grâce à un succès pour l’honneur contre Limoges (70-64).

Les Portelois ont assuré le maintien, après un début de saison difficile (photo JMD).

Ce dernier match à domicile a mis du baume au coeur aux fervents supporters, privés de matches durant la plus grande partie de la saison. Finir par un succès décisif la meilleure des choses.  » Je suis très heureux pour les gars. On voulait terminer en donnant une belle image au public après cette année si particulière« , a conclu ainsi Eric Girard.

Moment d’émotion aussi après cette rencontre: Jacky Périgois, l’adjoint et « la voix » de Eric Girard, a fait ses adieux au public après de nombreuses années au service du club de l’agglomération boulonnaise. Il était arrivé au Portel en 2014, où il a rejoint Eric Girard, originaire du Choletais comme lui.

Jacky Périgois a fait ses adieux au public après le match contre Limoges (photo ESSM Le Portel)

Après ce succès contre Limoges, le dernier déplacement à Dijon, le leader, n’avait plus guère d’importance. D’où une défaite logique (73-57), face à un des ogres du championnat. Avant cette ultime rencontre, Yann Rivoal, le président, s’est adressé aux supporters sur le site du club, pour les remercier, et leur demander leur soutien (financier) pour la 6ème saison parmi l’élite.

L’appel aux abonnés de l’ESSM

«  Cette saison a été difficile et s’est accélérée sur les 3 derniers mois mais elle vous a privé de votre présence au Chaudron sur de nombreux matchs : je peux vous le dire vous nous avez manqué ! Notre club parmi les plus petits budgets de la division a subi la tempête financière comme beaucoup d’autres mais notre bateau est arrivé à bon port ; cependant j’ai besoin de vous car avec vous on va y arriver mais sans vous cela ne sera pas possible. »
Le patron propose donc deux formules à ses abonnés. Soit renoncer aux matches de cette saison qui étaient à huis clos. Soit de reporter le montant sur les trois prochaines saisons. » J’ai l’honnêteté de vous dire que toute autre solution condamnerait notre club et je ne le souhaite pas car nous avons l’ambition de rester sur le toit du basket Français. »

Selon le président portelois, le remboursement des abonnements coûterait 700 000 euros au poucet de Jeep Elite, qui a le plus petit budget. Ce problème de budget, c’est sans doute ce qui affecte le plus le bilan de la saison de l’ESSM.

La saison passée, nos deux clubs de Jeep Elite, qui occupaient les deux dernières places avant le premier confinement, avaient été sauvés sur le tapis vert.

Cette fois, ils obtiennent le maintien sur le parquet, mais de façon très laborieuse, surtout pour le BCM. Il leur faut maintenir rebâtir pour la saison prochaine, dans la plus grande incertitude financière après cette saison hors norme.

Le classement final de la phase régulière de Jeep Elite

  1. JDA Dijon 79,4%
  2. Lyon-Villeurbanne 79,4%
  3. Strasbourg 70,6%
  4. Monaco 70,6%
  5. Bourg-en-Bresse 64,7%
  6. Boulogne-Levallois 58,8%
  7. Le Mans 55,9%
  8. Orléans 55,9%
  9. Limoges 50%
  10. Nanterre 50%
  11. Pau-Lacq-Orthez 47,1%
  12. Chälons-Reims 38,2%
  13. Le Portel 38,2%
  14. Cholet 35,3%
  15. Gravelines-Dunkerque 32,4%
  16. Roanne 32,4%
  17. Chalon/Saône 29,4%
  18. Boulazac 11,8%

ENCADRE. UN CONTRAT DE DEUX ANS POUR JD JACKSON

Comme on s’y attendait, les dirigeants du BCM ont décidé de conserver JD Jackson pour reconstruire l’équipe (une nouvelle fois). Déjà, le président Christian Devos avait annoncé après la défaite (mais aussi le maintien) face à Pau qu’il espérait conserver son entraîneur franco-canadien, arrivé pour les dix derniers matches.

Les négociations ont été rapidement menées. Jeudi, sur les réseaux sociaux, le club confirmait la conclusion d’un contrat de deux ans pour le nouveau coach de Gravelines.

JD Jackson a donné son accord au BCM (photo JMD)

John-David (JD) Jackson est né le 27 février 1969 à Burnaby (Canada). Il est arrivé en France en 1994 et a commencé à jouer à Chatou. Puis,naturalisé Français, il va ensuite évoluer à Mâcon, Antibes et Le Mans (durant sept ans).

C’est dans la Sarthe qu’il entame une carrière d’entraîneur comme adjoint en 2006. Il devient entraîneur principal du MSB en 2008 et restera dans ce club jusqu’en 2014, qu’il conduira au titre de champion de France en 2016.

JD Jackson est nommé entraîneur de l’ASVEL le 12 décembre 2014. Il est renvoyé de l’ASVEL en janvier 2018 après une série de mauvais résultats, et remplacé par TJ Parker.

A noter que le numéro 14, qu’il portait comme joueur au Mans Sarthe Basket ne sera plus jamais utilisé. Son maillot est toujours accroché dans la salle d’Antarès, où il a marqué son passage comme joueur et comme entraîneur.

A propos de JEAN-MARC DEVRED 136 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.

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