CANOE-KAYAK : DES JEUNES UKRAINIENS EN EQUIPE DE FRANCE ESPOIRS GRACE A L’ASL GRAND-ARRAS

ASL canoé les Ukrainiens
Les réfugiés urkrainiens à Saint-Laurent-Blangy (photo ASL Canoé-kayak)

Il y a presque un an, Vladimir Poutine déclenchait la guerre en Ukraine. Ce conflit européen entraînait des conséquences sur les plans géo-politique et économique surtout. Mais aussi sur le plan sportif. Tout le monde sportif s’est mobilisé autour des athlètes ukrainiens pour les aider à poursuivre leur activité. Cet élan de solidarité s’est ainsi manifesté à Saint-Laurent-Blangy. Le club de canoé-kayak de l’ASL a accueilli des jeunes compétiteurs ukrainiens qui vont maintenant intégrer le groupe « Relève » de l’équipe de France de course en ligne. Une belle histoire…

Les choses sont allées très vite du côté d’Arras. Quelques jours après l’invasion russe, le 24 février 2022, Igor Ocherretiany, responsable du club de Canoë-Kayak Sprint de Kiev, contactait l’ASL Grand-Arras pour lui demander de l’aide. Kiev est un un club ami de l’ASL canoé-kayak depuis les années 2010, où il vient régulièrement courir aux Régates de l’Artois. Il y était encore en novembre dernier.

Ce SOS a été immédiatement entendu à Saint-Laurent-Blangy. Le maire de la commune, Nicolas Desfachelle, a mis deux appartements à la disposition des Ukrainiens. Les membres de l’ ASL canoé-kayak et tous les amis autour du club se sont mobilisés pour accueillir 11 jeunes Ukrainiens dans un premier temps. Puis les mères de la plupart de ces jeunes les ont ensuite rejoint. Un bel élan de solidarité comme on en a vu beaucoup dans le Nord-Pas-de-Calais.

Depuis 12 ans, les Ukrainiens viennent à la Régate de l’Artois (photo JMD/Sports5962)

Une volonté de rester en France

Le conflit s’ éternisant, le choix de la plupart d’entre eux a été de rester en France , et donc de pratiquer leur sport favori au sein du club Immercurien. Ils ont donc demandé , en mai 2022, à participer à la saison française de canoë-kayak. « Cela représentait aussi une très bonne thérapie », explique dans un communiqué le président du club Olivier Bayle.

Ces adolescents venus d’Ukraine ont ensuite été scolarisés. Soit à la section sportive du collège Verlaine à Arras. Soit à l’UFR STAPS de Liévin pour l’un d’entre eux, plus âgé. Ces jeunes sportifs ont ainsi pu se qualifier, avec leur club d’adoption, pour les championnats de France de vitesse à Vichy au mois de juillet. Deux d’entre eux ressortaient du lot.

Oleksandr Gorokowski remportait ainsi la médaille de bronze en kayak monoplace junior sur 500 m. Mais il montait aussi , avec ses coéquipiers de l’ ASL, sur la plus haute marche du podium en K4 (kayak à quatre places ), sur 200 m et sur 500 m !

Et coté féminin , toujours en junior , Yaroslava Lopareva-Biéleniets , championne d’Ukraine en cadette en 2021, devenait double championne de France en kayak monoplace junior sur 200 m et sur 500 m. Cela devant donc les internationales françaises de la catégorie. Yaroslava récidivait aussi, en K4 500 m, avec trois Immercuriennes.

« On pensait que l’ histoire s’ arrêterait là l’été arrivant », poursuit Olivier Bayle. « Un été qui a vu Yaroslava rejoindre ses parents à Kiev. Six mois qu’elle ne les avait pas vu … Et de retour, en août, le staff de l’ASL comprenait qu’ elle revenait pour un long moment. »

Un pas vers l’équipe de France

Courant octobre , les familles et ces jeunes ont souhaité rester dans le Pas-de-Calais et de pratiquer au club. Les Ukrainiens ont ainsi sollicité le président de l’ASL canoé afin de poursuivre leur carrière pour la France. De nombreux échanges ont eu lieu avec le staff et les familles afin de mesurer les enjeux d’une telle décision. Et devant leur insistance, l’ASL Grand-Arras a finalement demandé à la Fédération Française de prendre en compte leur souhait de courir les tests de sélection pour l’ Equipe de France. Ceux-ci auront lieu en avril prochain.

Loïc Léonard, Olivier Bayle, le maire de Saint-Laurent-Blangy Nicolas Desfachelle et le président de l’agglo Grand-Arras Frédéric Leturque au club de canoë-kayak (photo JMD/Sports5962)

La nouvelle vient de tomber. Suite aux résultats des Championnats de France de course en ligne à Vichy en juillet 2022, la Fédération retient Yaroslava et Oleksandr dans le collectif France « Relève ». Ce groupe part à un stage d’entrainement à Temple/Lot du 4 au 11 février prochain.

Les deux Ukrainiens avec trois autres Immercuriens

Les deux jeunes Ukrainiens retrouveront trois autres membres de l’ASL canoé-kayak : Amalia Lopez en canoë dame U18; Tom Derrey en canoë homme U18 et Victor Flament en canoë homme U23. Tony Lalet , entraineur de l’ASL étant aussi présent dans le staff tricolore.

« Bien sur cette sélection leur fait plaisir ainsi qu’à leur entourage , évidemment il reste tout à
faire pour les retrouver à l’ international , le cap des sélections françaises restent à passer »
, conclut Olivier Bayle. Mais le règlement international permet à des sportifs de courir pour un pays tout en ayant la nationalité d’un autre pays. A condition de ne pas avoir couru pour leur nation d’origine une échéance internationale. C’est le cas pour ces deux athlètes qui ont fait des stages avec l’ Equipe Ukrainienne mais jamais de championnats internationaux .

« La suite est à écrire, en France ou en Ukraine de toute façon, le club les accompagnera du mieux possible », confirme le président du club immercurien.  » Et c’est bien elle et lui qui décideront de leur destin sportif tout comme de leur choix de vie. »

On espère donc voir Yaroslava Loparova-Biélenets et Oleksandr Gorokowski briller dans les prochaines années sous les couleurs de l’équipe de France. Un destin qu’ont déjà connu de nombreux immigrés venus des Pays de l’Est dans notre pays.

UNE POLEMIQUE ENTRE L’UKRAINE ET LE CIO

Le président du CIO, Thomas Bach, a reçu le Ministre des Sports ukrainien et le président du comité national olympique Serguei Bubka le 21 avril à Lausanne, pour manifester son soutien à l’Ukraine (photo CIO/Christophe Moratal)

Alors que l’ensemble du monde sportif, à l’exemple de l’ASL, soutient les athlètes ukrainiens, le gouvernement de Kiev vient de déclencher une polémique contre le Comité International Olympique (CIO). Le président Zelensky accuse le CIO de « promouvoir la guerre« , en étudiant la possibilité aux athlètes de russes de participer aux JO de Paris. Mais cela sous des conditions sévères, sans hymne et sans drapeau, et sous bannière neutre. C’est ce qui s’est fait pour les Jeux précédents. Mais cela pour des faits de dopage.

Avec le contexte de guerre, cette exclusion prend une autre dimension. Plusieurs fédérations internationales ont interdit aux délégations russe ou biélorusse de participer à leurs compétitions. « Le CIO est un promoteur de la guerre, du meurtre et de la destruction. Le CIO regarde avec plaisir la Russie détruire l’Ukraine et offre ensuite à la Russie une plateforme pour promouvoir le génocide » des Ukrainiens, a lancé sur Twitter le conseiller de la présidence Mykhaïlo Podoliak, visant personnellement Thomas Bach, le président allemand du Comité.

Pourtant, le CIO a été un des premiers organismes mondiaux à prendre des mesures contre ces deux pays. En retirant le mérite olympique aux dirigeants comme Vladimir Poutine par exemple. Et en aidant concrètement les athlètes ukrainiens à prendre part à toutes les compétitions en les prenant en charge.

A propos de JEAN-MARC DEVRED 1606 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.