EQUITATION : KARIM LAGHOUAG DE RETOUR DANS SA REGION

Karim Laghouag à Maubeuge
Karim Laghouag au jumping de Maubeuge @JMD- Sports5962

Karim Florent Laghouag participait ce week-end au Jumping international de Maubeuge. Champion olympique de concours complet avec l’équipe de France en 2016, le cavalier roubaisien a remporté la médaille de bronze cet été à Tokyo. Il constituait, en toutehumilité, l’attraction principale du CSO maubeugeois, aux côtés de la famille Whitaker. C’est avec beaucoup de spontanéité que ce champion élégant nous a accordé un entretien lors de ce concours de qualité.

En ce beau week-end de la mi-septembre, le centre équestre de Maubeuge a retrouvé une belle activité. Durant quatre jours, la Société hippique de Maubeuge accueillait des cavaliers d’élite internationale à l’occasion de son concours de saut d’obstacles trois étoiles. Avec en attraction, un double médaillé olympique, mais en concours complet: Karim Laghouag.

Propriétaire d’écurie avec sa compagne à Nogent-le-Rotrou, le champion olympique par équipes 2016 est en fait d’origine nordiste. Il est né le 4 août 1975 à Roubaix. Il a vécu dans la cité lainière jusqu’à l’âge de 8 ans. C’est dans le Loiret, avec son oncle Pierre Defrance, qu’il a découvert l’équitation.

La première de Karim Laghouag à Maubeuge

Depuis, il revient assez peu dans le Nord, où il a toujours de la famille, comme son frère ambulancier. Il participait pour la première fois au jumping de Maubeuge. C’était en quelque sorte un retour au pays pour lui car il est très attaché à ses racines nordistes, comme il nous l’a rapporté dans cet entretien à Maubeuge.

Vidéo. Karim Laghouag lors de l’entretien qu’il nous a accordé parle de ses racines « chti ».

Question: vous avez été champion olympique à Rio et là, à Tokyo, vous décroché une médaille de bronze inespéré car vous avez été sélectionné au dernier moment. A choisir, entre les deux, laquelle préférez-vous ?

Karim Florent Laghouag: c’est difficile de choisir car là j’aurais préféré avoir une médaille d’or. Mais j’étais loin au départ car je n’étais que 3ème remplaçant. Je revenais donc de très très loin et cela avait aussi une signification. Cela reste les Jeux olympiques, et depuis 1960, il n’y a eu que 4 médailles en concours complet. Moi, j’y ai participé à deux. C’est un mets rarissime. J’en ai eu deux de suite. Je suis le seul dans ce cas, surtout avec deux chevaux différents. Je n’ai donc pas de préférence,

L’amour du concours complet

Q: le concours complet, c’est le décathlon de l’équitation. Mais vous avez une prédilection pour le saut d’obstacles?

KFL: moi, dans mon histoire, mon oncle faisait déjà du concours complet sur de très belles épreuves et il conservait tous les chevaux qui avaient de la locomotion sur le dressage, qui sautaient et qui allaient bien sur le cross. Moi, il ne me restait plus que les chevaux qui sautaient éventuellement, qui faisaient pas bien le dressage, ou qui n’étaient pas assez rapides ou courageux pour le cross. Donc je me retrouvais pour faire le saut d’obstacles avec ce type de chevaux.

Karim Laghouag lors du concours (photo JMD/ Sports5962)

Ensuite mon oncle a décidé de prendre sa retraite du haut-niveau et j’ai commencé à faire du concours complet de façon plus régulière et plus assidue. Mais j’ai toujours conservé dans mon coeur le saut d’obstacles. J’adore cela. au lieu de durer, c’est condensé sur une minute. C’est une autre aventure. En complet aujourd’hui, le saut d’obstacles devient déterminant. Même en cross aujourd’hui, les obstacles tombent pour la sécurité des cavaliers et des chevaux.

On va de plus en plus vers le bien-être animal. Dans nos écuries, nos chevaux sont aujourd’hui dorlotés, chouchoutés, même si c’est pour du haut-niveau. Il a son kiné, son maréchal-ferrand, son vétérinaire, son masseur, ses bains de froid, de thalassothérapie équine… Le concours complet, c’est un triathlon avec des épreuves très différentes. et même antagonistes. Souvent ce que l’on préfère, c’est le cross où les chevaux vont à 37 km/h dans les grosses épreuves, avec 44 efforts, des passages à gué, des sauts dans le vide. Les chevaux en raffolent et c’est très agréable.

La complicité avec Nicolas Delmotte

Q: à Tokyo, vous avez eu l’occasion de côtoyer un autre cavalier nordiste, Nicolas Delmotte, qui est douaisien. Même si vous ne pratiquez pas la même discipline, Est-ce que vous vous connaissez ?

KFL: je connais très bien Nicolas, évidemment. On se voir très souvent, nous sommes allés aux Jeux ensemble. D’ailleurs, j’ai montré à un cavalier une vidéo de lui où on le voit jouer avec son cheval avec une carotte pour envoyer à sa propriétaire…

Je l’ai connu au début quand j’étais au club de Compiègne. Et lui à 14 ans, il était déjà le cavalier du concours qui était d’un niveau comparable à Maubeuge. Il avait gagné le Grand Prix; c’était déjà un génie. Il a pu continuer. C’est aussi quelqu’un de très abordable. On dit toujours que les gens du Nord ont cette chaleur dans le coeur qu’il n’y a pas toujours dans le climat… C’est quelqu’un qui est passionné,

A l’époque, il y avait aussi à Phalempin Bruno Broucqsault chez qui il travaillait. Je connais tout ce monde-là, et bien d’autres car des cavaliers dans le Nord, il y en a beaucoup. Ils sont réputés pour être de fines cravaches. Ils sont très forts, faut s’en méfier…

Karim Laghouag est aussi un communicant, très sollicité par les media comme ici à Maubeuge (photo JMD/Sports5962)

Q: après Maubeuge, la saison n’est pas terminée pour vous ?

KFL: non, la saison n’est pas terminée. Il y a bientôt le Mondial du Lion d’Angers. C’est un championnat du Monde qui rassemble les chevaux de 6-7 ans. J’ai la chance d’avoir un cheval qualifié âgé de 7 ans, qui vit près de chez moi. Il s’appelle Embrun de Reno. Son éleveuse me l’a présenté. J’ai bien aimé. Parmi ces chevaux de 7 ans, on devrait en retrouver à Paris en 2024. C’est le moyen de voir déjà comment les étrangers seront équipés.

Objectif Paris 2024

Q: la saison prochaine, qu’avez-vous au programme ?

KFL:j ‘ai la chance de pouvoir garder mon cheval Triton Fontaine car la difficulté, c’est que les chevaux ne nous appartiennent pas. J’en suis souvent co-propriétaire ce qui me permet d’empêcher que le cheval soit vendu à d’autres cavaliers. Il y a du sentiment, bien sûr. Mais cela restent des chevaux qui coûtent très cher. Parfois, en cas de coup dur, certaines personnes doivent vendre leurs parts.

Après la médaille, on a décidé de le garder. Tous les propriétaires sont d’accord. Nous l’avons acheté il y a trois ans et demi pour faire les Jeux de Tokyo. C’était un vrai pari. J’ai eu la chance d’avoir des amis qui m’ont permis de l’acheter. Et le contrat ensuite c’était de faire les Jeux et après, de le vendre.

J’ai la chance de le garder pour les championnats du Monde qui vont avoir lieu à Pratoni del Livaro, en Italie. Nous avons un programme sur trois ans pour aller à Paris 2024. Il n’y a que Triton qui avait la possibilité d’y aller. Là, ça me permet de défendre les couleurs de la France et du Nord en vue de Paris 2024 qui va se dérouler à Versailles. Ce sera somptueux.

Karim Laghouag juste avant d’entrer dans le concours (photo JMD/Sports5962)

Entretien avec Karim Laghouag réalisé le 17 septembre à Maubeuge

A propos de JEAN-MARC DEVRED 174 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.