FOOTBALL. LA RENAISSANCE DU DERBY DU NORD A LENS

Le stade Bollaert-Delelis à huis clos pour le derby (photo Jean-Marc Devred)

C’était l’évènement du mois de mai dans le Nord- Pas-de-Calais. Le stade Bollaert – Delelis à Lens retrouvait LE derby de football Lens- Lille treize ans après. Qui plus est pour un choc au sommet entre le RC Lens, 5ème, et le LOSC, 1èr. La dernière fois que les deux rivaux s’étaient affrontés, c’était durant la saison 2015-2016. Une saison de triste mémoire pour le club artésien qui avait fait l’ascenseur. D’autant qu’il était à l’époque privé de son stade fétiche, en pleine rénovation pour l’Euro 2016. Les deux derbies avaient été décentralisés au stade de France et à Amiens.

Toute la semaine, les supporters, joueurs et dirigeants des deux clubs ont vibré. avant ce duel tant attendu. Un rendez-vous malheureusement privé de spectateurs, à cause du huis clos sanitaire. Mais les supporters des deux camps ne pouvaient pas ne rien faire avant cet évènement qui a remué toute la région.

Le jour du match, les supporters lillois ont accompagné le matin la sortie du bus des joueurs au domaine de Luchin. Les Lensois eux, ont fait plus fort encore en début de soirée. Ils étaient environ 5000 à escorter le bus entre l’hôtel du Louvre-Lens et le stade Bollaert-Delelis, où ils ont bravé le couvre-feu. Fumigènes et feux de bengale ont coloré cette sortie impressionnante, qui rappelait celle du barrage avant Dijon, deux ans auparavant.

Kakuta met le feu aux poudres

Hormis la joie de retrouver cet affrontement pour la suprématie régionale, ce derby constituait avant tout un choc au sommet entre le premier de la Ligue 1, et le néo-promu révélation de cette saison marquée par la covid-19.

D’où un double enjeu pour les deux rivaux : conserver le mince avantage sur Paris Saint-Germain pour le LOSC dans l’optique d’être champion de France dix ans après le titre de 2011 (déjà…). Laisser Marseille et Rennes à distance pour décrocher la 5è place qualificative pour la Ligue Europa.

Une véritable bataille médiatique s’est logiquement déroulée avant ce match crucial, situé à trois journées de la fin. Dans le fameux « money time » cher aux basketteurs…

« Et si on peut priver Lille du titre, ça serait beau aussi. Je préfère que Paris soit champion.»

Gaël Kakuta, meneur de jeu du RC Lens

La passe d’armes a commencé le jeudi dans la traditionnelle conférence de presse d’avant-match, à la Gaillette. Le seul Nordiste du derby, Gaël Kakuta , participait à ce rendez-vous qui avait déplacé bien plus de journalistes que d’habitude. Kakuta, le meneur de jeu lensois, né… à Lille.

Gaël Kakuta, lors de la conférence de presse avant le derby (photo Jean-Marc Devred)

Celui-ci a d’emblée balayé toute ambiguïté par rapport à sa double appartenance. » Je suis juste né à Lille. Je n’ai pas vécu grand-chose à Lille. Je suis Lensois. Ma mère aussi. On a tous quitté très tôt Lille même si on y vivait au tout début. » D’ailleurs, c’est bien au RCL que Kakuta a été formé, avant de partir très jeune en Angleterre, où il s’est un peu perdu.

La réplique de Yilmaz

Ce garçon sympathique et pondéré va balancer une bombe quand il lâche, sous la pression insistante des journalistes:, sur sa préférence pour le titre de champion:  » « Paris ou Lille ?  Je préfère Paris. […] Si on peut les priver (Lille) du titre, ce serait beau. »

Ces propos vont provoquer la réplique de Burak Yilmaz le lendemain, lors de la conférence de presse du LOSC.

Burak Yilmaz lors de son arrivée à Luchin (photo Jean-Marc Devred)

La star turque déclare, sans s’étendre: « Je connais bien le joueur. C’est un très bon joueur, expérimenté. Par rapport au respect, il aurait dû garder ça pour lui, ne pas le dire à l’extérieur. En plus, ils viennent de jouer contre Paris où ils ont perdu. Je n’ai rien d’autre à ajouter... », conclura le Kraal.

Deux scenarii opposés pour un derby décevant

Après le second cluster de la saison, Franck Haise avait retrouvé la quasi-totalité de son groupe pour affronter Lille. Même Cheikh Doucouré, et Jean-Louis Leca, sur lequels planait un doute, étaient opérationnels. Seul Masadio Haïdara, touché au mollet à l’entraînement, déclarait forfait. Cela entraînait la titularisation de Clément Michelin. Ce qui aura une forte incidence sur le match.

Franck Haise, l’entraîneur lensois, avant l’entraînement des Sang et Or (photo Jean-Marc Devred)

Christophe Galtier n’avait qu’une absence à déplorer. Mais de taille, celle de Benjamin André, suspendu pour le derby et qui se faisait une joie d’affronter ses congénères Jean-Louis Leca et Yannick Cahuzac.

Renato Sanches lui aussi était incertain. Mais il fera bien parti du groupe emmené à Lens.

La ferveur des supporters des deux camps va accompagner les joueurs dans les heures précédent ce choc si attendu. Preuve de l’intérêt extra régional pour ce derby du Nord: la tribune de presse affichait complet et de nombreuses demandes d’accréditations avaient été refusées, faute de place compte-tenu des restrictions sanitaires.

Un évènement médiatique

Malheureusement, le duel va tourner court avec deux scenarii totalement opposés, et plutôt imprévisibles. Scénario catastrophe pour les Sang et Or. Scénario idéal pour les Dogues. Et l’auteur en sera Clément Turpin.

« C’est un scandale ! Il y a juste à aller voir une caméra et on plie le débat…

Jean-Louis Leca, gardien de but du RC Lens

Le premier acte survient dès la 2è minute. Bousculé par Seko Fofana, Jonathan Bamba s’écroule dans la surface de réparation. L’arbitre donne le penalty pour cette faute peu évidente. Mais pas pour lui puisqu’il n’aura pas recours à la VAR. Ce qui provoquera la colère du gardien lensois après le match.

Au micro de Canal+, le gardien corse, très énervé, lâche: »  C’est un scandale. Comment on peut apprécier des trucs comme ça ? Il y a juste à aller voir une caméra et on plie le débat. Le seul problème, aujourd’hui en France, c’est que quand les arbitres font une erreur, ils sont sanctionnés. Et quand ils vont voir le VAR, si leur erreur est déjugée, ils sont encore plus sanctionnés. Voilà pourquoi ils ne vont pas voir le VAR, tout simplement. Et en plus de faire une erreur au bout d’une minute de jeu, il nous plie le match avec l’expulsion de Clément Michelin. Voilà, c’est tout. »

Le deuxième fait de match survient à la 35ème minute, avec une deuxième décision lourde de conséquences de la part de M. Turpin. Dans un duel engagé, Clément Michelin met un coup de coude à Zeki Celik. Le latéral lensois prend un carton jaune. Le 2ème après celui pris 6 minutes plus tôt. Cela fait donc rouge pour Michelin qui laisse ses équipiers jouer à dix. C’est le tournant du match puisque dans la foulée, Burak Yilmaz, encore lui , marque un but magnifique.

La colère de Jean-Louis Leca

Cette expulsion provoquera aussi la colère de Jean-Louis Leca, à peine calmé en conférence de presse. « Quand on voit les 30 minutes qu’on fait…. Si on occulte l’erreur d’arbitrage au bout d’une minute, on fait plus que jeu égal. Puis il y a l’expulsion de Clément Michelin. Sur le premier, c’est un tacle près de la ligne de touche, dans un match qui se passe très bien et il dégaine direct, pareil ensuite sur un duel de la tête. Quand au bout de 30 minutes il y a deux fautes d’arbitrage grossières comme ça…

Jean-Louis Leca est revenu de blessure pour le derby (photo Jean-Marc Devred)

Franck Haise lui, s’est montré plus modéré lors de la même conférence de presse.  » À 11 contre 11 pendant 30 minutes, Lille ne nous était pas supérieur. On était même mieux », a ainsi déclaré l’entraîneur lensois. » Je ne veux pas rentrer dans les décisions d’arbitrage. Peut-être que les Lillois étaient mieux. Ils nous ont mis 7 buts en deux matchs et nous aucun. C’est factuel. On a vu l’expérience sur le jeu et sur d’autres aspects. Au-delà de la qualité des joueurs de Lille, c’est aussi une des raisons qui explique cette large défaite.« 

 » C’est une grande performance, elle est pour nos supporters qui ont été omniprésents toute cette saison et beaucoup cette semaine »

Christophe Galtier, entraîneur du LOSC

Visiblement satisfait d’avoir passé une soirée tranquille, Christophe Galtier a évité de faire du triomphalisme en conférence de presse, malgré cette large victoire. » C’était un match important pour la course au titre. Le scénario nous a été favorable avec l’ouverture du score rapide, une supériorité numérique, le fait de mener (2-0) à la pause. C’est une très belle victoire qui arrive à point nommé. « 

Un retour triomphal dans la nuit

L’entraîneur lillois n’a pas oublié les supporters. « C’est une grande performance, elle est pour nos supporters qui ont été omniprésents toute cette saison et beaucoup cette semaine. On veut leur dédier cette victoire. »

Hommage conforté par Jonathan David, auteur du 3ème but décisif. » Nous connaissons l’importance de cette victoire. On a vu tous les supporters ce matin qui étaient derrière nous, qui nous poussaient. On savait qu’avec tout ce soutien, on n’avait pas droit à l’erreur aujourd’hui. Nous nous sommes donnés à fond pour eux. »

Le Marseillais et le Canadien ne pensaient pas si bien dire. A leur retour sur Lille en autocar, ils auront la surprise d’être accueillis avec ferveur par des centaines de supporters qui avaient bravé le couvre-feu pour se rendre au domaine de Luchin.

Les Lillois ont ainsi, avec ce dernier acte moins attendu, réduit l’avantage qui paraissait largement en faveur des Lensois dans l’autre duel, celui des supporters.

Si le derby s’est avéré décevant sur le plan sportif, il a revanche été une franche réussite sur le plan populaire. Aucun incident n’a été à déplorer.

C’est pourquoi, plus que jamais, on espère voir deux « vrais » derbies la saison prochaine. C’est-à-dire avec le plein de spectateurs tant au stade Pierre-Mauroy qu’au stade Bollaert-Delelis. Car c’est bien là que résidait le manque: l’absence d’ambiance , et donc, d’émotion à cause du huis clos.

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FEUILLE DE MATCH

Ligue 1 Uber Eats – Saison 2020/2021 – 36ème journée

STADE BOLLAERT-DELELIS – Vendredi 7 Mai 2021 (21h). Match à huis clos.

Arbitre: Clément Turpin

Buteurs : Burak YILMAZ (4′ pen – LOSC LILLE) / Burak YILMAZ (40′ – LOSC LILLE) / Jonathan DAVID (60′ – LOSC LILLE)

Cartons rouges / exclusions : Clément MICHELIN (35′)

Cartons jaunes : Clément MICHELIN (29′), StevenFORTES (66′) à Lens. Luis ARAUJO (39′), José FONTE (65′) à Lille.

Composition RC LENS : 16 – Jean-Louis LECA /18 – Yannick CAHUZAC (c) /10 – Gaël KAKUTA /24 (puis SOTOCA 72′) – Jonathan GRADIT /8 – Seko FOFANA /11 (puis PEREIRA 85′) – Jonathan CLAUSS /13 (puis BOURA 67′) – Clément MICHELIN /15 – Steven FORTES /4 – Loïc BADE /9 – Ignatius GANAGO /28 (puis KALIMUENDO 72′) – Cheick Oumar DOUCOURE (puis MAURICIO 85′) – Entraîneur: Franck Haise.

Composition LOSC LILLE : 7 – Jonathan BAMBA /16 – Mike MAIGNAN /24 – Boubakary SOUMARE /8 – XEKA /11 (puis BRADARIC 85′) – Luiz ARAUJO /2 (puis IKONE 67′) – Zeki CELIK /6 (puis PIED 75′) – José FONTE (c) /28 – REINILDO /5 – Sven BOTMAN /17 – Burak YILMAZ /9 (puis YAZICI 75′) – Jonathan DAVID (puis WEAH 67′) – Entraîneur : Christophe Galtier.

A propos de JEAN-MARC DEVRED 187 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.