PEKIN 2022: LES « RASTA ROCKETS NORDISTES » DANS L’EQUIPE DE FRANCE DE BOBSLEIGH

bobsleigh les Nordistes
Le bob à 4 français (photo DR FFSG)

Les athlètes nordistes sont rares aux Jeux Olympiques d’Hiver. Mais il y en a quand même eu lors des dernières olympiades dans le plat pays (voir plus loin). Et à Pékin 2022 aussi. On retrouve ainsi des Nordistes au sein de l’équipe de France de … bobsleigh ! Une forme de tradition dans ce sport de glace qui attire les athlètes. Le Nord a aussi ses rastas rockets, ou plutôt, ses « chtis rockets ».

Ils sont trois Nordistes, de naissance ou d’adoption, présents à Pékin 2022. tous dans le même sport, le bobsleigh. C’est ce que l’on découvre en feuilletant le « trombinoscope » de l’équipe de France olympique. Un sport popularisé par le film « Rasta Rockets » qui relate l’histoire vraie des Jamaïcains qui ont disputé les Jeux Olympiques d’Hiver en 1988 à Calgary.

Pour Alexandre Vanhoutte, Lionel Lefebvre et Jérôme Laporal, l’histoire est différente. Mais elle perpétue une vraie tradition nordiste, liée à l’athlétisme, dans cette discipline très spectaculaire, mais peu médiatisée.

Philippe Tanchon le précurseur

Cette tradition remonte à Philippe Tanchon. Ce Douaisien a d’abord été un athlète de niveau national, au lancer du disque, dans les années 80. C’est l’époque ou les techniciens du bobsleigh en France, sport peu pratiqué à ce moment-là, cherchaient à monter une équipe de France pour les JO d’Albertville. Ils se sont tournés vers des athlètes, sprinters ou lanceurs, pour pousser l’engin. Tanchon, professeur de sport et athlète à l’US Tourcoing, a ainsi été sollicité. Il disputera finalement les JO d’Albertville, puis ceux de Lillehammer deux ans plus tard.

La filière nordiste était ainsi lancée et était poursuivie les années suivantes par des athlètes de l’UST comme Stéphane Galbert et Antoine Lesaffre. L’un d’entre eux est toujours aux affaires. C’est Alexandre Vanhoutte. Né le 18 juillet 1974 à Croix, il est actuellement à Pékin, comme chef d’équipe de l’équipe de France de bobsleigh. Il est arrivé peu après la « grande » équipe française du bob à 4 avec Bruno Mingeon et Max Robert, qui a été championne d’Europe en 2020, médaillée olympique en 1998 à Nagano et championne du Monde en 1999. Alexandre Vanhoutte, lui, a ainsi participé aux JO de Turin en 2006.

Jérôme Laporal et Alexandre Vanhoutte lors de la cérémonie d’ouverture

Fixé depuis ces années-là à Albertville, Alexandre Vanhoutte a retrouvé pour préparer Pékin un Tourquennois d’adoption, Jérôme Laporal. Athlète comme lui auparavant, licencié à l’US Tourcoing, rattachée au Lille Métropole Athlétisme. Mais Laporal est un sprinter et il né le 15 septembre 1993 à Marie-Galante. Cet Antillais sympa et souriant est arrivé il y a dix ans à Lille.

Jérôme Laporal, de Marie-Galante à Lille

«  J’ai quitté ma petite île de 10 000 habitants à l’âge de 17 ans et demi », a ainsi expliqué le Lillois d’adoption lors de la (visio)conférence de presse de l’équipe de France le 2 février. » Je venais en métropole pour faire du sport de haut-niveau. J’ai été repéré par le Lille Métropole athlétisme. En 2017, j’ai ainsi été classé parmi les 6 meilleurs sprinters français sur 60m, et les 4 meilleurs sur 100m. L’année suivante, j’ai été recruté par Max Robert, qui a été médaillé olympique en 1998 à Nagano. Il m’a dit que j’avais le profil recherché. J’ai donc passé les tests. Aujourd’hui, je suis fier de représenter mon île à Pékin. »

Jérôme est aujourd’hui agent de police à Lille. En travaillant au centre de rétention administrative de Lesquin, il a pu souvent être détaché pour suivre les stages avec l’équipe de France. Licencié à Albertville Olympique Sport, il sera dans le bob à 4, qui vise le Top 10.

Lionel Lefebvre, un Roncquois parti dans le Gard

Il a été sélectionné avec un vrai chti de naissance: Lionel Lefebvre. Né à Roncq, près de Tourcoing, le 28 avril 1990, Lionel a quitté le Nord à l’âge de 4 ans avec sa famille pour aller à Castillon-du-Gard près du célèbre aqueduc romain. Passionné de sport, Lionel a d’abord commencé par le rugby, avant de passer à l’athlétisme. Vu ses dispositions physiques, ce colosse de 1m85 pour 100 kilos s’est naturellement tourné vers les lancers, poids et disque, comme Philippe Tanchon.  » Pour être pousseur en bobsleigh, il faut à la fois être fort et rapide. C’est pourquoi on trouve des anciens lanceurs comme moi ou Dorian (Hauterville), ou des anciens sprinters comme Jérôme (Laporal) et Romain (Heinrich)« 

Il s’est lancé il y a 7 ans dans le bobsleigh. » J’ai été contacté par le pilote du bob français Romain Heinrich, qui lui aussi est un ancien athlète. Il m’a demandé si j’étais intéressé par un projet olympique. J’ai fait mes premières descentes à Oberhorf. C’était impressionnant. Cela m’a plu et depuis, je suis en équipe de France », a ainsi expliqué Lionel Lefebvre lors de cette même conférence de presse.

A Pékin, le Gardois d’adoption sera donc pousseur dans le bob à 4, et remplaçant dans le bob à 2. «  Nous serons présents dans toutes les disciplines », rappelle Alexandre Vanhoutte. » Notre objectif, c’est de faire un top 6 dans le bob à 2 et un top 10 dans le bob à 4. Il y aura aussi pour la première fois un bob féminin Nos filles feront leurs premières armes. Mais pourquoi pas un top 10 au bob à 2 aussi ? »

Le bob à 4 français, avec Lionel Lefebvre au premier plan

La sélection française s’est faite cet été à La Plagne et les quatre mousquetaires français ont ainsi décroché leur billet pour Yanqing.

Un long séjour pour les Nordistes en bobsleigh

En tous cas, les bobeurs nordistes ne cachent pas leur joie de participer à leurs premiers Jeux Olympiques. » Nous en prenons plein les yeux depuis notre arrivée ici« , confirme Lionel Lefebvre. Tous sont émerveillés par la qualité de la piste, ainsi que l’organisation en tout point parfaite pour les concurrents.

Les rastas rockets venus du Nord auront en plus pleinement profité de ces Jeux. Ils sont arrivés trois jours avant l’ouverture pour s’entraîner au Centre national de glisse de Yanqing. Tous les bobeurs ont pu participer à la cérémonie d’ouverture puisque les compétitions de bobsleigh ne débutent que ce week-end.

Rien que pour cela, nos « rastas chtis » garderont un souvenir impérissable de leur première expérience olympique, qu’ils auront préparé du mieux possible.

Vidéo. Comment les bobeurs tricolores ont préparé Pékin 2022.

Les épreuves de bobsleigh débutent ce dimanche 13 février avec le monobob féminin. Le bob à 4 masculin avec Jérôme Laporal et Lionel Lefebvre sera disputé en 4 manches les 19 et 20 février.

LES NORDISTES AUX JEUX OLYMPIQUES D’HIVER

Les Hauts-de-France ne sont pas une région de sports d’hiver, même s’il y a une piste de ski synthétique… à Noeux-les-Mines, et qu’il y avait autrefois une station de ski de fond… à Olhain. Mais plus sérieusement, il y a quand même eu lors des dernières Olympiades des Nordistes sélectionnés en ski ou dans les sports de glace.

Le hockey-sur-glace, qui se pratique dans tout l’hexagone, a notamment fourni un contingent de sélectionnés tricolores même si l’équipe s’est rarement qualifiée pour le tournoi olympique. Ainsi, il y avait quatre Dunkerquois, formés chez les Corsaires, puis licenciés aux Gothiques d’Amiens, aux JO de Nagano en 1998, et de Salt Lake City en 2002. Il s’agit des frères jumeaux Maurice et François Rozenthal. Mais aussi de Karl Dewolf et de Grégory Dubois. Depuis, l’équipe de France de hockey-sur-glace ne s’est plus jamais qualifiée pour les JO. Cette année 2022 non plus où le Roubaisien Antoine Roussel a échoué avec les Bleus dans le tournoi de qualification olympique (TQO).

Ophélie David, née à Cucq près du Touquet, a connu … quatre Jeux Olympiques ! Les premiers c’était en ski alpin en 1994 à Vancouver. Mais c’était sous les couleurs de la Hongrie, le pays de son père, le basketteur du Berck BC Jan Racz. Reconvertie avec succès au skicross, Ophélie David espérait décrocher une médaille en skicross lors des Jeux de Vancouver en 2010 et Sotchi en 2014 et faisait partie des favorites. 9ème à Vancouver, elle chute à Sotchi alors qu’elle filait vers le podium dans la dernière ligne droite. Elle terminait à la 4ème place avec la terrible médaille… en chocolat.

La médaille manquée de Ophélie David à Sotchi 2014

Mais le pire, c’était en 2018 à PyeongChang. La Nordiste se blesse à l’entraînement avant son épreuve, ce qui met un terme à sa carrière.

Il y a quand même eu une Nordiste médaillée aux JO d’Hiver. C’est Sylvie Becaert. Née à Lille le 6 septembre 1975, elle a été championne du monde de sprint en biathlon en 2003. Membre incontournable de l’équipe de France féminine, la Lilloise fixée au Grand Bornand obtient la médaille de bronze avec le relais en 2006 à Turin, puis l’argent à Vancouver en 2010. Elle prenait sa retraite sportive peu après ces Jeux « argentés ».

A propos de JEAN-MARC DEVRED 908 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.