ROUBAIX 2021: LES DESTINS CROISES DE MATHILDE GROS ET SEBASTIEN VIGIER

Mathilde Gros
Mathilde Gros en action dans le keirin (photo FFC)

La vitesse, c’est la discipline reine du cyclisme sur piste. L’équivalent du 100m en athlétisme, ou du 100m nage libre en natation. La France comptait fort sur deux jeunes concurrents lors des championnats du Monde Roubaix 2021. Sébastien Vigier (24 ans) chez les hommes, et Mathilde Gros (22 ans) chez les femmes. Ils n’ont pas connu la même réussite sur la piste du Stab.

Sébastien Vigier était souriant dimanche soir après sa victoire dans la petite finale du tournoi de vitesse individuelle face à l’Allemand Boetticher. Il obtenait une 2ème médaille après celle en argent le premier jour avec l’équipe de France de vitesse par équipes. Il a réussi ses championnats, après quelques années frustrantes. Sa médaille de bronze individuelle semblait le satisfaire plus encore que l’argent par équipes.

Sébastien Vigier soulagé par sa 3ème place en vitesse individuelle (photo JMD/Sports 5962)

«  Entre 2018, où j’ai obtenu ma première médaille individuelle, et aujourd’hui, il y a eu des années difficiles. J’ai connu beaucoup d’échecs très tôt dans les tournois. Après, j’ai gratté des médailles par équipes. Mais ça fait du bien de revenir sur le podium dans l’épreuve individuelle. J’ai fait 4ème aux championnats d’Europe il y a deux semaines. 3ème ici, c’est super ! », confiait Sébastien, visiblement soulagé d’avoir remporté son duel avec Boetticher.

Sébastien Vigier se rapproche des deux phénomènes

Les spécialités du sprint sont l’apanage exclusif depuis quelques années des Néerlandais Lavreysen et Hoogland. Mais Vigier constate qu’il se rapproche des deux phénomènes bataves.  » On se rapproche déjà d’eux par équipes. Sur le 200m aussi, je suis plus près d’eux. L’écart se réduit. Mais il va falloir encore un ou deux ans pour aller les battre. Mais déjà si l’an prochain à Saint-Quentin-en-Yvelines, je peux leur prendre une ou deux manches, je serai déjà bien content. »

Sur sa marge de progression, et les moyens à mettre en oeuvre, le sprinter francilien reste laconique. Même quand on évoque le problème de confiance en soi.

Vidéo. Sébastien Vigier après la vitesse individuelle.

Contrairement à Sébastien Vigier, ces Mondiaux dans le Nord constituent un échec pour Mathilde Gros. Un de plus… La Provençale voulait à tout prix briller sur l’anneau roubaisien. Et pour cause. Sa famille… de Bully-les-Mines, était dans les tribunes pour l’encourager. Elle a des réelles racines nordistes puisqu’elle est née à Sainte-Catherine-les Arras. Mais elle avait un an lorsque ses parents artésiens (professeurs de sport), sont allés s’installer dans les Bouches-du-Rhône.

Nouvel échec après Tokyo pour Mathilde Gros

Lors du tournoi de vitesse, qu’elle avait bien entamé, Mathilde est éliminée en 1/4 de finale par la Canadienne Lauriane Genest. Elle avait pourtant gagné facilement la première manche. Elle a raté aussi le tournoi de keirin qu’elle termine à la 9ème place. Et c’est presque avec résignation qu’elle accueillait ce nouvel échec.

 » Malheureusement, ces dernières années, j’ai pris l’habitude de recevoir des claques »

Mathilde Gros

« Cela me tenait à cœur de bien finir devant le public français, ma famille et mes amis.« , affirmait t’elle ainsi devant les journalistes.  » Il y a beaucoup de choses à travailler. Malheureusement ces dernières années, j’ai pris l’habitude de recevoir des claques. Je sais que je suis en forme et que je matche avec les meilleures mondiales quand on regarde les temps du 200m. En keirin, c’est pareil. C’est à moi d’avoir un déclic et de ne pas surestimer les autres filles, de ne pas non plus me sous-estimer. « 

Un problème mental ?

Car le problème semble bien être là: dans la tête. Triple championne du Monde junior en 2017 (vitesse, 500m et keirin), la native de Sainte-Catherine semblait promise à une belle carrière. Tout le monde la voyait succéder à Félicia Ballanger. Mais elle ne parvient pas à confirmer son énorme potentiel.

Mathilde Gros concentrée (photo FFC)

Interrogé sur le « cas Mathilde Gros », le directeur technique national pointe aussi le problème mental.  » Je ne suis pas expert » répond ainsi Christophe Manin. «  Mais c’est un cas que l’on doit travailler avec un changement de méthode. Il y a des choses qui viennent d’elle. C’est à nous de l’aider à progresser. Il y a aussi le contexte. Malheureusement, il n’y a pas assez de filles autour pour la pousser à l’entraînement. Elle doit supporter toute la pression de l’équipe de France. »

Le directeur du cyclisme espère pouvoir constituer une équipe de France de vitesse féminine autour de Mathilde. Celle-ci est la première consciente du problème. Mais à 22 ans, elle a encore un peu de temps pour confirmer les espoirs placés en elle.

Rendez-vous aux prochains Mondiaux

 » Je dois continuer le physique, la tactique, le psychologique, travailler encore plus, deux fois plus, et un jour j’y arriverai », affirme la native de Sainte-Catherine.  » Après les JO, j’ai beaucoup discuté avec des grands champions comme Félicia Ballanger ou Grégory Baugé. Le but, c’est de changer ma technique de course. Je prends des claques sur les matchs, c’est bénéfique pour la suite. Si je continue dans mon schéma, je serai peut-être une fois médaillée mondiale mais jamais la championne que je veux être. Le but, c’est de changer radicalement et de matcher avec les meilleures mondiales. Il n’y a que moi qui possède les clefs. Je vais me poser pour revenir meilleure et viser la plus haute marche. »

La première étape de cette remise en question, ce sera l’an prochain, à Saint-Quentin-en-Yvelines. Les championnats du Monde auront lieu à nouveau en France. On verra si Mathilde aura vaincu ses démons. Pour les JO de Paris, elle n’aura que 25 ans. Elle sera certainement au meilleur âge de sa carrière.

Rien n’est perdu pour Mathilde Gros. Mais elle n’a plus de temps à perdre, pour se remettre en question…

A propos de JEAN-MARC DEVRED 908 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.