PARIS-ROUBAIX 2O21 : DATE INEDITE, GRANDE INCERTITUDE

Paris-Roubaix 2021
Peter Sagan a reconnu les pavés jeudi (photo Pauline Ballet/ASO)

Après deux ans et demi d’absence, Paris-Roubaix aura bien lieu ce premier dimanche d’octobre. Cette date inhabituelle est la conséquence de la pandémie qui a entraîné deux fois son report, et une fois son annulation, en 2020. Cette fois, la crise sanitaire est contenue et plus rien ne s’oppose au retour de la reine des classiques. Le public attend impatiemment ce retour. Paris-Roubaix 2021 s’annonce passionnant, car très indécis.

Le contexte a beaucoup changé. Certes, le parcours de Paris-Roubaix 2021 ressemble beaucoup aux précédents. Le départ de la 118e édition sera donné de Compiègne le 3 octobre à 11h00, sur un parcours de 257,7 kilomètres comprenant 55 kilomètres de pavés répartis sur 30 secteurs (vs 54,5 km et 29 secteurs en 2019). Seules modifications par rapport à 2019: le retour du Hameau de Buat; l’utilisation du pavé de Troisvilles dans sa totalité; l’inversion du sens de passage du Moulin de Vertain. Rien de quoi inquiéter les spécialistes avides d’affronter à nouveau ces morceaux d’enfer.

Le vélodrome André-Petrieux de Roubaix a été remis à neuf durant l’été (photo Sports5962)

Autre (légère) modification: le vieux stade vélodrome de Roubaix a fait l’objet d’un sérieux « lifting durant l’été. Les pourtours qui accueilleront un public en nombre samedi et surtout dimanche, quelles que soient les conditions météo, ont été rénovés.

Une date qui change tout

La grande nouveauté, c’est plutôt le contexte. Décalé de avril à octobre, l’Enfer du Nord devrait connaître des conditions différentes en ce qui concerne le temps. On annonce de la pluie qui pourrait tout changer. Mais surtout, l’état de forme des coureurs est complètement différent. Nous sommes en fin de saison. Beaucoup d’organismes sont usés. Et surtout, la préparation n’est pas la même, comme l’explique le président du comité de cyclisme des Hauts-de-France, Pascal Sergent.

Vidéo. Pascal Sergent explique la différence de contexte avec le report de Paris-Roubaix.

Paris-Roubaix 2021 semble donc très ouvert. La marge entre favoris et outsiders est très réduite. Une dizaine de coureurs peuvent s’imposer. Aucune surprise n’est à écarter.

Le championnat du Monde disputé dimanche dernier à Louvain a redistribué les cartes. Le Belge Wout Van Aert et le Néerlandais Mathieu Van Der Poel faisaient figure de grands favoris au printemps, et il y a dix jours encore. Mais les deux phénomènes ont montré leurs limites au Mondial et leur suprématie devait être contestée.

Quel statut pour Florian Sénéchal ?

L’ogre Deceuninck – Quick Step sera forcément là pour gagner. L’équipe belge n’a pas de leader incontestable pour Paris-Roubaix 2021, mais plusieurs atouts: le Danois Kasper Asgreen, vainqueur du dernier Tour des Flandres. Le Belge Yves Lampaert, toujours à la recherche d’une victoire dans un monument du vélo. Le Tchèque Zdenek Stybar, qui semble revenir en forme. Et pourquoi pas, notre Nordiste Florian Sénéchal ? Le coureur de Ligny-en-Cambrésis connaît la forme de sa vie. Il a grandi à quelques pas des pavés de Troisvilles. Il vient de remporter coup sur coup une étape au Tour d’Espagne, et la Primus Classic en Flandre.

Florian Sénéchal (au centre) et Kasper Asgreen (en rouge), les hommes forts de Deceuninck (photo JMD/Sports5962)

Toutes les planètes sont alignées pour le Cambraisien qui a déjà gagné Paris-Roubaix chez les juniors en 2011. Mais la seule incertitude concerne son statut. L’équipe aux multiples leaders courra t’elle pour lui, ou devra t’il à nouveau se contenter d’un rôle de 2ème cartouche, comme au récent championnat du Monde ? Sénéchal est pourtant le coureur le plus en forme de la Deceuninck en ce moment.

Démare et Petit dans le flou

6ème en 2019, Florian Sénéchal n’est pas le seul régional à l’aise sur les pavés de Paris-Roubaix. Le Beauvaisien Arnaud Démare a terminé 5ème en 2018. Mais après une saison 2020 tonitruante, le routier-sprinter picard semble en retrait cette saison. Mais il a montré que, même s’il a perdu de sa vélocité, il était plutôt en condition aux Grand Prix d’Isbergues et de Denain (6ème et 5ème). Même au Mondial de Louvain, il a travaillé efficacement pour Julian Alaphilippe. A Isbergues déjà, Démare pensait à Paris-Roubaix 2021, après sa Vuelta décevante.

Vidéo. Arnaud Démare lors d’une interview à Isbergues.

Arnaud Démare sera de nouveau le leader de la formation Groupama-FDJ sur la reine des classiques. Il a reconnu une dernière fois la première moitié du parcours pavé vendredi matin, entre Troisvilles et Arenberg. Là, le bus de l’équipe les attendait, avec Marc Madiot présent pour superviser tout cela.

La plupart des équipes ont effectué jeudi leur reconnaissance à la fois traditionnelle et médiatique. Mais elles étaient encore six vendredi à arpenter les pavés du Nord avant de rejoindre leur hôtel à Compiègne. Hormis Groupama-FDJ, on a vu rouler les coureurs de Movistar, Astana, Inéos Grenadiers, Bahrain-Mérida et surtout, la Deceuninck- Quick Step. La formation belge fait à nouveau figure d’ogre pour ce Paris-Roubaix 2021. Mercredi encore, l’équipe de Patrick Lefévère a raflé un nouveau bouquet grâce à Fabio Jakobsen sur l’Eurométropole Tour.

Arnaud Démare en reco à la trouée d’Arenberg sous l’oeil de Marc Madiot (à droite) @JMD/Sports 5962

Vendredi matin , les conditions étaient clémentes. Pas de pluie, des pavés secs un peu partout sous l’action d’un vent assez présent. Mais la météo s’est peu à peu dégradée dans l’après-midi. Les coureurs peuvent s’attendre à un parcours glissant dimanche.

Adrien Petit sur le départ

Le troisième régional, c’est Adrien Petit. 9ème en 2018, l’Arrageois a connu une saison décevante. Il effectue ses dernières courses sous les couleurs de Total Energies. En partance probable pour l’équipe Intermarché Wanty Gobert, le « bison » artésien n’aborde pas Paris-Roubaix 2021 dans les meilleures conditions, comme il nous l’explique dans cette interview.

Vidéo. Adrien Petit avant le Grand Prix d’Isbergues.

Ces dernières années, Démare, Sénéchal et Petit étaient les meilleurs Français de Paris-Roubaix. Leur connaissance parfaite des pavés et du parcours en général, alliée à un programme axé sur les classiques du printemps, expliquait cette performance. Là, avec la nouvelle date, les cartes sont rebattues.

Un troisième Nordiste, qu’on n’attendait pas, prendra le départ. C’est Quentin Jaurégui. Le Caudrésien a connu une saison noire. Toujours blessé, il vient à peine de reprendre la compétition. Remplaçant au départ, il bénéficie du désistement d’un des titulaires de sa nouvelle équipe, BandB Hôtels. Jaurégui est juste physiquement. Mais son expérience de cyclocrossman pourrait compenser son manque de condition.

Quentin Jaurégui a pris le départ mercredi de l’Eurométropole Tour (photo JMD/Sports5962)

Avec Sénéchal, Petit et Jaurégui, il y aura aussi trois Picards au départ: Démare et les frères Rudy et Pierre Barbier. Les Hauts-de-France seront donc bien présents sur la plus belle des courses de la région.

La chance des anciens, et des outsiders

Pour les favoris aussi, c’est le grand flou. On ne peut pas écarter des pronostics des anciens vainqueurs en perte de vitesse comme Peter Sagan, Greg Van Avermaet, John Degenkolb ou Philippe Gilbert, le dernier lauréat. La configuration de course aussi va forcément être influée par la météo. Une météo automnale jamais connue jusqu’à présent.

L’hypothèse de voir un second couteau s’imposer n’est pas non plus à écarter. C’était le cas durant la dernière décennie du Belge Johan Van Summeren, vainqueur en 2011; et de l’Australien Matthew Hayman, premier en 2016. Dans ce registre, on peut donc citer des coureurs en forme comme Jasper Stuyven, Sepp Vanmarcke, Sylvan Dillier, Dylan Van Baarle, Michaël Valgren, Matteo Trentin et pourquoi pas les Français Anthony Turgis et Christophe Laporte. Autant de spécialistes des « flandriennes ».

Wout Van Aert, le favori n°1, à Compiègne (photo Pauline Ballet/ASO)

On peut donc s’attendre à une course ouverte, avec des scenarii multiples. Comme celui de voir s’imposer un membre de l’échappée matinale qui ne va pas manquer de se produire entre Compiègne et Troisvilles. Car cette fois, aucun super favori ne se dégage.

A l’image du dernier championnat du Monde à Louvain, tout laisse à croire que l’on verra une course animée, passionnante et surtout pleine de passion. Le public se pressera autour des pavés, c’est sûr, après deux ans et demi de privation.

Les principaux engagés

Afrique du Sud

Team Qhubeka Nexthash : Campenaerts (Bel), Nizzolo (Ita), Walscheid (All)

Allemagne

Bora-Hansgrohe : P.Sagan (Slq), Politt (All), Oss (Ita)

Team DSM : Kragh Andersen (Dan), Bol, Eekhoff (Hol)

Australie

Team BikeExchange : Durbridge, Stannard (Aus)

Bahreïn

Bahrain-Merida : Colbrelli (Ita), Bauhaus (All), Haussler (Aus)

Belgique

Deceunink-Quick Step : Lampaert (Bel), Stybar (Rtc), Asgreen (Dan), Sénéchal (Fra)

Lotto-Soudal : Gilbert (Bel), Degenkolb (All)

Alpecin-Fenix : Van der Poel (Hol), Philipsen, Merlier (Bel), Dillier (Sui)

Intermarché-Wanty Gobert : Planckaert (Bel), Van der Hoorn (Hol)

Bingoal Pauwels Sauces WB : Dupont (Bel), Aniolkowski (Pol)

Emirats Arabes Unis

UAE Team Emirates : Kristoff (Nor), Gaviria (Col), Berg (Dan), Trentin (Ita)

Etats-Unis

Education First : Bisseger (Sui), Keukeleire (Bel), Langeveld (All), Docker (Aus)

Trek-Segafredo : Stuyven (Bel), M.Pedersen (Dan), Theuns (Bel)

Espagne

Movistar Team : Garcia Cortina, Erviti (Esp)

Les Movistar à la tranchée d’Arenberg (photo JMD/Sports5962)

France

AG2R Citroën Team : Van Avermaet, O.Naesen (Bel), Schär (Sui)

Cofidis : Laporte (Fra), Drucker (Bel)

Team TotalEnergies : Petit, A.Turgis (Fra), Boasson Hagen (Nor), Terpstra (Hol)

Groupama-FDJ : Démare, Le Gac (Fra), Küng (Sui)

Delko : Siskevicius (Lit), Barbier (Fra)

Arkea-Samsic : C.Swift, McLay (Gbr), Russo (Fra)

B&B Hotels p/b KTM : De Backer, Debusschere (Bel)

Grande-Bretagne

Ineos Grenadiers : Van Baarle (Hol), Kwiatkowski (Pol), Moscon (Ita)

Israël

Israel-Start Up Nation : Vanmarcke (Bel), Schmidt (Dan)

Kazakhstan

Astana-Premier Tech : Houle (Can), Gruzdev (Kaz)

Pays-Bas

Jumbo-Visma : Van Aert (Bel), Groenewegen, Teunissen (Hol)

LA RÉGION HAUTS-DE-FRANCE ET PARIS-ROUBAIX RENOUVELLENT LEUR PARTENARIAT JUSQU’EN 2024

Photo Bruno Bade/ASO

Depuis 2007, l’organisateur de Paris-Roubaix et la Région Hauts-de-France travaillent ensemble pour offrir un terrain de jeu idéal pour les coureurs et un spectacle exceptionnel pour les passionnés de cyclisme au bord des routes et devant leurs écrans. Ce partenariat majeur fêtera donc sa 15ème année, symbole de l’attachement des Hauts-de-France, de ses élus et de ses habitants pour le cyclisme et cette célèbre course, connue notamment pour ses pavés indissociables du patrimoine régional.

La Région Hauts-de-France s’associe également à A.S.O. à l’occasion de la première édition de Paris-Roubaix Femmes et devient partenaire officiel de la course féminine. 

Florence Bariseau, Vice-présidente de la Région Hauts-de-France en charge des sports, de la jeunesse et de la vie associative se réjouit que « cette année de retrouvailles marque le renouvellement du partenariat historique entre la Région et A.S.O. pour l’organisation de Paris-Roubaix pour la période 2021-2024. Notre engagement en faveur de ce grand évènement sportif et populaire, de portée internationale, affirme aussi la place des Hauts-de-France comme une très grande région de vélo, quelles qu’en soient les pratiques : sportives bien sûr, mais aussi de loisir et comme atout touristique majeur ».

Pour Christian Prudhomme, Directeur des épreuves cyclistes d’A.S.O., « La Région Hauts-de-France aime le cyclisme et Paris-Roubaix en nous le montrant chaque année depuis presque quinze ans. C’est un honneur pour A.S.O. de pouvoir compter sur le soutien et la fidélité de la Région pour quatre années supplémentaires sur la Reine des Classiques. Nous avons hâte de voir les premiers tours de roue de l’édition 2021 et de revoir les milliers de spectateurs sur le bord des routes pour participer à cette grande fête du cyclisme qui, en plus d’être la plus grande course d’un jour au monde, met en valeur l’histoire et le patrimoine des territoires traversés. »

A propos de JEAN-MARC DEVRED 174 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.

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