PEKIN 2022: BILAN ET PERSPECTIVES POUR L’EQUIPE DE FRANCE OLYMPIQUE

Bilan Pékin 2022
La cérémonie de clôture des Jeux de Pékin 2022 @CNOSF/KMSP

Les 24èmes Jeux Olympiques d’Hiver ont pris fin dimanche à Pékin avec la traditionnelle cérémonie de clôture. Bilan de Pékin 2022 pour l’équipe de France: 14 médailles dont 5 en or et 10ème place au tableau des Nations. Un bilan correct mais pas totalement satisfaisant, à deux ans de Paris 2024.

Entre les dernières compétitions à Pékin 2022, et la cérémonie de clôture au Nid d’Oiseaux, les responsables de la délégation française aux 24èmes Jeux Olympiques d’Hiver ont dressé le bilan de ces Jeux en visioconférence, depuis Pékin, Paris, et même Toulouse, devant les media.

Un bilan « satisfaisant » selon la présidente du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), Brigitte Henriqués, restée à Paris à cause du covid. Cela, dans la mesure où l’objectif des 15 médailles est presque atteint (14). Mais avec 5 titres, la France fait aussi bien qu’à PyeongChang, mais avec moins d’athlètes (88 contre 106). Avec cette précision du chef de mission adjoint, André-Pierre Goubert. » En fait sur les 88 engagés, seuls 81 ont pris un départ car les autres sont restés remplaçants où ont été blessés avant la compétition. Avec les médailles collectives, 18 athlètes sont repartis avec une médaille. 22% de la délégation a donc été médaillée« . Ce qui représente un bon quota.

Le bilan est satisfaisant pur Brigitte Henriqués, ici au Club France à Paris avec Chloé Trespeuch et Roxana Maracineanu (photo CNOSF/KMSP)

L’exceptionnelle réussite du biathlon

Tout le monde a mis en exergue la réussite du biathlon, avec ses 7 médailles dont 3 en or, soit plus de la moitié de la récolte française. » Après la retraite de Martin Fourcade », explique ainsi le manager de la Haute Performance Claude Onesta, » on pouvait craindre un effet de grand vide. Mais cela n’a pas été le cas, ce qui est un signe de bonne santé de ce sport. Il faut mettre en avant cette réussite , analyser les raisons de son succès pour le pérenniser ». Coup de chapeau au passage à Quentin Fillon-Maillet, de loin l’homme de ces Jeux pour la délégation tricolore.

bilan Pékin 2022
Quentin Fillon-Maillet ramène 5 médailles à lui seul (photo CNOSF/KMSP)

Mais à côté du résultat exceptionnel du biathlon à Pékin 2022, ce bilan cache quelques faiblesses. La présidente de la Fédération française de ski, Anne-Chantal Pigelet-Grévy, reconnaît « des disparités. Le ski freestyle, le snowboard et le skicross, et à un degré moindre, le ski alpin féminin n’ont pas vus leurs attentes matérialisées ».

Les raisons de ces échecs vont être analysées à froid. Mais déjà, la présidente a fourni quelques explications. » Pour le snowboard, un problème évident de glisse a été identifié ». Les techniciens n’ont pas su anticiper les problèmes de fartage. » Il aurait fallu prévoir un plan B et un plan C en plus du plan A. Nous allons prendre cet échec en exemple afin qu’il ne se reproduise plus ». Voilà qui est clair…

Un « plan Marshall » pour les sports de glace ?

Pour le skicross, Mme Pigelet-Grévy pointe la piste de Zhangjiakou,  » un terrain peu propice aux dépassements ». Les Français qui partaient tous parmi les favoris n’ont pu faire jouer leurs qualités techniques face aux meilleurs partants. » Il faudra en tirer les leçons pour les prochains JO », conclue la présidente de la FFS qui insiste quand même sur le bon bilan des alpins et du ski de fond.

La Fédération française des sports de glace est aussi en retrait avec la seule médaille d’or de Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron en danse sur glace. Faut-il un plan Marshall pour booster les autres disciplines plus pourvoyeuses de médailles ? L’exemple des Pays-Bas, qui truste les médailles grâce au seul patinage de vitesse, est ainsi cité.

 » Faut-il privilégier la pratique et les licenciés, ou le haut-niveau ? »

Nathalie Péchalat, présidente de la FFSG

Ce à quoi la présidente de la FFSG Nathalie Péchalat rétorque: » il faut faire un diagnostic complet et j’attends les résultats d’un état des lieux que j’ai demandé. Notamment sur les moyens financiers et les équipements. Il faut savoir que notre seule piste de bob (à La Plagne) coûte un bras. Que nous n’avons pas de piste de curling. Il faut qu’on se donne ensemble des objectifs clairs. Faut-il privilégier la pratique et les licenciés ou le haut niveau ? Il est temps pour la France de faire ce travail, de se positionner sur des disciplines maîtresses. C’est un travail compliqué mais nécessaire. Il faut aussi être conscient que ce sont les disciplines artistiques qui attirent le public en France… »

Bilan Pékin 2022
Nathalie Péchalat entre Guilaume Cizeron et Gabriella Papadakis (photo CNOSF/KMSP)

Nathalie Péchalat, qui était également cheffe de mission à Pékin, souligne que les Chinois, qui sont partis de rien, ont obtenu d’excellents résultats à Pékin pour n’avoir pas lésiné sur les moyens.

Aller chercher les compétences à l’étranger

Sur les ratages de ces Jeux et les solutions, Claude Onesta pointe l’encadrement qui n’est peut-être pas à la hauteur dans certaines disciplines. » On peut difficilement dupliquer les recettes du biathlon. Il faut lancer un grand plan d’action sur les coaches et l’encadrement. Voir si le niveau d’expertise est suffisant. Qu’on n’hésite pas à recruter à l’étranger pour donner la capacité à franchir les derniers paliers vers les podiums. On a voulu laisser passer Pékin. Désormais, on va ouvrir les discussions. Si à certains endroits la culture de la performance est trop faible, il ne faut pas hésiter à aller chercher ceux qui savent.» C’est déjà le cas pour le ski alpin qui emploie des entraîneurs étrangers depuis plusieurs années.

Perrine Laffont a déçu en ski de bosses (photo CNOSF/KMSP)

Mais pour rester positifs, les responsables français veulent plutôt parler de stabilité, que de stagnation en évoquant le bilan de Pékin 2022. » C’est déjà une performance de rester à ce niveau », affirme Claude Onesta. » Le Canada, qui était 3ème au tableau des médailles à PyeongChang, se retrouve cette fois derrière nous. On ne se satisfait pas de ce résultat. Il faut mieux cibler les investissements, mieux identifier les athlètes qu’il faut accompagner. Mais le nombre de médailles d’argent est considérable. Il montre une forme de progression. J’ai ressenti ici une dynamique très forte, avec une délégation motivée et déterminée. »

L’équipe de France, ici lors de la cérémonie de clôture, repart de Pékin avec 14 médailles (photo CNOSF/KMSP)

Conclusion générale: les leçons de Pékin 2022 doivent servir pour les prochains Jeux d’Hiver à Milan et Cortina d’Ampezzo. Mais aussi Paris 2024 qui arrive très vite, dans deux ans et demi maintenant. Afin que l’effet « home advantage » joue à plein.

A propos de JEAN-MARC DEVRED 922 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.