VOILE : REVERRA T’ON LA SOLITAIRE DU FIGARO SUR LA COTE D’OPALE ?

Solitaire du Figaro 2021
Le départ de la Solitaire du Figaro à Fécamp (photo Alexis Courcoux/ Solitaire du Figaro)

La course en Solitaire du Figaro a pris fin sur la victoire finale du Sudiste Pierre Quiroga (Skipper Macif 2019). Cette édition réussie faisait escale à Lorient, Fécamp, Morlaix et Saint-Nazaire, Cette grande classique de la course au large n’est passée que deux fois dans son histoire sur nos côtes. Reverra-t’on prochainement la Solitaire du Figaro sur la côte d’Opale ? C’est la question que nous avons posé à OCS Pen Duick, organisateur de l’évènement.

Après une édition de transition en 2020, la Solitaire du Figaro a retrouvé de sa superbe en 2021. Cette fois, les contraintes sanitaires étaient moins pesantes. La météo a été clémente et les quatre étapes ont pu se dérouler normalement. Le public a pu de nouveau fréquenter en nombre le villages de la course installé lors des quatre escales. Bref, on a retrouvé la Solitaire d’antan.

Mais reverra-t’on un jour cette grande classique de la voile sur notre littoral des Hauts-de-France ? Possible, mais pas sûr. Déjà, historiquement, la Côte d’Opale n’a jamais été un fief de la Solitaire du Figaro. Celle-ci n’y est venue que deux fois. L’an passé à Dunkerque; c’était une grande première. Et pour les plus anciens, en 2002 à Boulogne-sur-Mer. Le grand port de pêche était même la ville du grand départ et l’on croyait à l’époque qu’un partenariat de longue durée avait été noué.

La Solitaire du Figaro en 2002 à Boulogne

Le maire de l’époque, c’était Guy Lengagne. L’ancien Ministre de la Mer était un mordu de voile, plaisancier lui-même. Il avait profité de l’évènement pour moderniser le port de plaisance de sa ville, très « à la ramasse » du port de pêche et du port de commerce. Nouvelle capitainerie, construction d’une passerelle couverte sur la Liane, installation d’un bassin de plaisance supplémentaire près de Capécure. Un grand projet voile était alors lancé avec la Solitaire du Figaro.

Patrice Duhamel, alors directeur de la rédaction du Figaro, et président du comité d’organisation, avait lui-même affirmé qu’un partenariat sur le long terme devait lier la course et la ville de Boulogne. Mais depuis, les hommes ont changé, tout comme les priorités. Et on n’a plus jamais revu les Figaros Beneteau au bassin Napoléon.

Figaro côte d'Opale
Le passage du phare de Longships lors de la 3eme etape de la Solitaire du Figaro 2021 entre Fecamp et la Baie de Morlaix (photo Alexis Courcoux)

La deuxième fois de la Solitaire du Figaro sur la Côte d’Opale est plus récente. C’était en août 2020, à Dunkerque. Le public avait pu approcher les figaristes entre deux confinements. Comme nous l’expliquait alors l’enfant du pays, Joé Seeten (plusieurs fois vainqueur du Tour de France à la voile),  » la course du Figaro sert de test avant le Vendée Globe, notamment pour la gestion du public et des contraintes sanitaires ».

Le pari réussi de Dunkerque

Mais cette escale en Flandre s’était nouée de façon informelle, comme nous l’a expliqué le directeur général de OCS Pen Duick Joseph Bizard. Avec la crise sanitaire, l’organisation cherchait une nouvelle ville pour accueillir une édition complète.  » Il n’y avait pas de candidature formelle de Dunkerque. Mais cela s’est fait à la suite de discussions avec la Communauté urbaine (CUD). Les conditions étaient contraignantes, c’était un quasi huis clos. Nos partenaires dunkerquois se sont avérés géniaux« , n’hésite pas à déclarer Joseph Bizard.

Mais cette expérience réussie n’implique pas que la Solitaire reviendra à Dunkerque prochainement. Notamment parce que la cité Jean-Bart est déjà engagée, et depuis longtemps, avec le Tour de France à la Voile.

Joseph Bizard, directeur général de OC Sport Pen Duick (photo Alexis Courcoux/ Solitaire du Figaro)

Aujourd’hui, la Solitaire du Figaro est la dernière grande course au large itinérante. Les villes candidates doivent se positionner comme pour le Tour de France cycliste. Un changement fondamental est intervenu cette année. OCS Pen Duick a signé un partenariat avec la Loire-Atlantique jusqu’en 2026. Ce département accueillera toujours au moins une étape ou une escale dans les 5 prochaines années.

C’est pourquoi les organisateurs ont lancé une consultation pour des candidatures jusqu’en 2026. Le choix des escales se limite à 4 ou 5 par édition désormais.  » A ce jour, nous n’avons reçu de candidature de villes de la Côte d’Opale. Mais la consultation reste ouverte jusqu’à la fin de l’année.

Un coût de 125 000 euros

Jusqu’à présent, la Solitaire du Figaro se disputait surtout dans l’océan Atlantique et en Manche, dans un triangle Espagne, Ouest de la France et îles britanniques. Même si les Hauts-de-France sortent de ce triangle, la distance n’a rien de rédhibitoire, pour des étapes de 3-4 jours. «  Aujourd’hui, les bateaux vont de plus en plus vite. Ils vont donc de plus en plus loin. Techniquement, cela ne pose pas de problème pour faire escale dans les Hauts-de-France », affirme ainsi Joseph Bizard. La Normandie toute proche a régulièrement accueilli le Figaro, comme Fécamp cette année.

Le public sur le village du Figaro à Fécamp (photo Christophe Breschi/Solitaire du Figaro)

Comme le Tour de France, recevoir la Course du Figaro a un coût: 125 000 euros. C’est donc un véritable investissement financier, pour l’image, de la part des communes et collectivités locales. Il faut aussi de la place pour recevoir les 40 à 50 bateaux engagés, en plein été, l’époque de la plaisance. Sans oublier un cahier des charges toujours rigoureux.  » Mais Les retombées ont été importantes pour les villes cette année« , affirme Joseph Bizard,  » notamment à Fécamp« .

Clairement, dans les Hauts-de-France, seuls Dunkerque, Boulogne-sur-Mer et Calais ont la capacité à organiser un évènement voile de cette ampleur. Gravelines et Etaples-sur-Mer sont trop limitées en pontons. Actuellement, seule Dunkerque a son évènement voile annuel, avec le grand départ du Tour de France à la voile début juillet. Mais le TFV s’est simplifié en passant d’une vraie course au large avec de gros monotypes, à une succession de course inshores avec les petits multicoques Diams 24, nettement moins coûteux.

Un littoral privé de grandes courses

Boulogne n’a pas vraiment la vocation d’un port de régates sportives. Calais avait un moment un grand projet IMOCA avec la Calais Round Britain Race, pilotée par la Chambre de Commerce et d’Industrie. Mais cette course n’a connu que trois éditions en 2003 (vainqueur Vincent Riou sur PRB), 2002 (Roland Jourdain sur Sill et Véolia) et 2007 (Vincent Riou à nouveau). L’édition 2009 a été annulée faute de combattants. Elle n’a plus été organisée depuis, malgré l’intermède en 2004 des 1000 milles de Calais remporté par Jean Le Cam sur Bonduelle.

Départ de la 4eme etape de la Solitaire du Figaro 2021 à Roscoff le 12 septembre (photo Christophe Breschi).

Ce qui est sûr, c’est que la Solitaire du Figaro a bien rebondi en 2021, avec une course passionnante sur le plan sportif, et bien fréquentée par le public aux escales, malgré les contraintes sanitaires imposées (port du masque dans le village-départ, présentation du pass sanitaire).

Ce succès pourrait inciter à un certain nombre de villes littorales à se positionner pour les 5 prochaines années.  » Rien n’est figé, même pas les dates », conclue Joseph Bizard.  » Nous sommes également à la recherche d’un partenaire-titre« .

Les choses pourraient donc bouger d’ici la fin de l’année. Alors, pourquoi pas sur la Côte d’Opale, même si à ce jour, il n’y a aucune candidature déclarée ? Réponse en décembre, à l’occasion du Salon nautique de Paris.

SOUVENIRS… L’ETAPE BOULOGNE/ CORK EN 2002

En tant que passionné et (modeste) pratiquant de voile, j’ai eu l’occasion, et la chance, de suivre plusieurs étapes de la Solitaire du Figaro sur l’eau. C’était à bord du voilier directeur, qui effectue toujours la traversée en tête de la course. C’était le cas lors de l’édition 2002.

Nous sommes partis de Boulogne-sur-Mer pour la première étape, direction l’Irlande. C’était un dimanche après-midi. A bord, le directeur de course de l’époque, Denis Horeau; trois équipiers et plusieurs journalistes. Avec ma consoeur JRI, Nathalie Haberer, nous tournions un reportage pour France3/Nord-Pas-de-Calais.

Un grand souvenir… Le premier soir était magique. Les conditions météo étaient estivales et idéales. Je me souviens avoir croisé l’île de Wight au coucher du soleil, alors que nous faisions un barbecue… à bord. Et d’un bain improvisé en pleine mer, tellement calme.

Une traversée sur le bateau directeur, c’était le meilleur moyen de suivre la course, à l’époque. Nous étions constamment aux côtés du premier. Il y avait des quarts de nuit, durant lesquels on pouvait observer les côtes avec des jumelles à infra-rouges. Nous avons longé des lieux mythiques comme les îles Scilly, Bishop Rock ou le phare du Fastnet. Et il y avait les trois vacations radio quotidiennes effectuées depuis le voilier. Nous étions constamment en contact avec les concurrents de tête.

Par la suite, malheureusement, le temps va se dégrader progressivement. nous sommes arrivés dans la matinée du jeudi au large de Cork, après un passage en mer celtique, sous un crachin typiquement irlandais. Pas mécontents finalement de retrouver la terre ferme, même si la traversée n’a jamais été ennuyeuse.

Cette édition 2002 était la dernière disputée sur des Figaros Solo. Son vainqueur était le Méditerranéen Kito De Pavant, qui courre toujours 20 ans plus tard.

Jean-Marc Devred

A propos de JEAN-MARC DEVRED 174 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.