LE BILAN DES NORDISTES AUX JEUX OLYMPIQUES DE TOKYO

De Colo médaille nordiste à Tokyo
Nando De Colo contre la Slovaquie en demi-finale (Bellenger/IS/FFBB)

Les Jeux Olympiques de Tokyo viennent de se terminer. Ils ont été jusqu’au bout, après un report d’un an, et malgré la crise santaire. Conséquence: des compétitions sans public, à quelques exceptions. Malgré ce contexte inédit, ces Jeux sont réussis sur le plan sportif. Les performances, les champions, les émotions étaient là. La France obtient 33 médailles et se classe au 8è rang au tableau des médailles. Quelques Nordistes présents à Tokyo y ont contribué.

33 médailles, c’est moins que lors des précédentes olympiades. Beaucoup de médaillables ont raté leurs Jeux. Une vingtaine de sélectionnés originaires de la région ou qui y vivent étaient au Japon. Six reviennent avec une médaille. Mais aucun à titre individuel. Tous les six ont contribué dans une compétition par équipes.

La moitié se trouve dans l’équipe de France de volley-ball. La « team yavbou » a gagné la première médaille olympique en volley-ball. Et en plus, elle est en or ! Dans ce groupe héroïque, qui a ramé pour atteindre le sommet de l’Olympe, figurent Barthélémy Chinenyedze, Yacine Louati et Daryl Bultor.

Trois volleyeurs en or (Nord)

Le premier est né à Dunkerque et a grandi à Coudekerque-Branche, où il a débuté la pratique du volley-ball. Il joue aujourd’hui en Italie. Et à 23 ans, Barth pourrait bien conquérir d’autres trophées durant sa carrière.

Le second Yacine Louati, est un pur Tourquennois. Logiquement, il a débuté au Tourcoing LM Volley. Il joue actuellement en Pologne. Il est revenu en équipe de France au bon moment car sa sélection n’était absolument pas acquise il y a un an encore.

Le troisième, Daryl Bultor, n’est pas un Nordiste de souche. Mais il est arrivé l’an passé à Tourcoing. Il attaquera sa 2ème saison au TLM. Le public du complexe sportif Léo-Lagrange aura donc le privilège de voir jouer un champion olympique ! Plus deux médaillés de bronze: les Argentins Agustin Loser et Matias Sanchez. Peu de clubs, tous sports confondus, peuvent revendiquer un tel résultat, et un tel effectif…

Le basket-ball a permis à deux Nordistes d’accéder au podium à Tokyo. Nando De Colo a brillé au poste de meneur de l’équipe de France masculine, battue d’un souffle en finale par la Team America. Sur le coup, l’Arrageois a eu du mal à cacher sa déception de rater l’or pour si peu. Tout comme le Saint-Quentinois Rudy Gobert. Mais avec le recul, ils sauront apprécier cette médaille d’argent, tout comme la famille De Colo qui a vibré durant tout le tournoi dans leur domicile de Rivière, près d’Arras. Nul doute que Nando viendra présenter sa médaille à sa famille, avant de repartir en Turquie.

Deux médaillés Nordistes de Tokyo à Fenerhbaçe

En Turquie, Nando De Colo retrouvera une autre Nordiste médaillée, Helena Ciak. La plus grande joueuse de l’équipe de France (1m97), a en effet signé dans le même club que De Colo, Fenerhbaçe. A Tokyo, elle a obtenu la médaille de bronze avec l’équipe de France féminine. Native de Dunkerque, Helena est la fille de l’International polonais Piotr Ciak qui a joué sur la Côte d’Opale. Son histoire rappelle beaucoup celui-ci d’une autre championne dunkerquoise, Kristina Mladenovic, fille de sportifs de haut-niveau venus d’Europe de l’Est. Tout comme la championne de skicross Ophélie David, née à Cucq et fille de l’ancien basketteur hongrois Jan Racz.

Helena Ciak (numéro 8) avec Marine Johannés, contre le Japon (photo Bellenger/IS/FFBB)

Le conte de fée de Karim Laghouag

Le dernier des six médaillés est un Roubaisien « exilé » à Nogent-le-Rotrou, où il possède une écurie avec sa compagne. Karim Florent Laghouag est l’un des trois mousquetaires de l’équipe de France 3ème du concours complet équestre (CCE). Cette médaille de bronze s’ajoute à la médaille d’or conquise à Rio de Janeiro dans la même discipline. « Un rêve digne de Disney », comme il l’a expliqué. Le cavalier originaire du Nord n’était pas sélectionné pour les Jeux de Tokyo. Mais il a bénéficié de plusieurs forfaits pour finalement participer à ses 2èmes JO. Avec le résultat que l’on connaît.

médaille de bronze par équipes pour Karim Laghouag
Les trois médaillés Nicolas Touzaint, Karim Laghouag au centre et Christopher Six (photo FFE/PSV)

L’autre cavalier nordiste, Nicolas Delmotte, a en revanche quitté Tokyo avec une énorme frustration. Le Douaisien, qui réalisait une saison éclatante, venait au Japon avec des ambitions de médaille. 12ème du concours individuel de saut d’obstacles, le Nordiste comptait bien monter sur le podium dans l’épreuve par équipes.

Mais la nuit précédant le concours, son cheval Urvoso du Roch, est pris de violentes coliques. Delmotte est contraint de déclarer forfait. Privée de son meilleur couple, l’équipe de France échouera le lendemain à la 8ème place.

Une médaille en chocolat pour Adrien Bart

Les autres Nordistes sélectionnés à Tokyo n’ont pas connu la même réussite. Un seul a frôlé la médaille individuelle. C’est Adrien Bart. Le céiste de Saint-Laurent-Blangy a pris la 4ème place du C1 1000m, battu d’un dixième de seconde par le Moldave Sergueï Tarnovschi, suspendu quatre ans pour dopage après les Jeux de Rio. Il a même fallu recourir à la photo-finish pour départager les deux concurrents.

Cette « médaille en chocolat » avait un gout amer pour l’Arrageois. A chaud, Adrien déclare ainsi sur France Télévisions:  » la place, c’est la pire de toutes. Franchement, ça casse les couilles. Je me suis levé tous les jours pendant cinq ans pour accrocher une médaille. » Maintenant, Adrien Bart devra se remotiver pour aller chercher cette médaille à Paris. Il aura 32 ans.

Maxime Beaumont lui en a 39. Le report des Jeux d’un an lui a été fatal. Après avoir galéré pour assurer sa sélection, le Boulonnais est arrivé un peu usé mentalement à Tokyo. Eliminé en demi-finale du K1 200m, le vice-champion olympique 2016 a remporté la finale B et prend la 9ème place finale. C’est loin du podium espéré. Mais Maxime ne pouvait sans doute pas mieux faire, alors qu’ils figurait parmi les Nordistes médaillables à Tokyo.

Maxime Beaumont lors des championnats de France à Gravelines @jmd-sporthdf-5962

Sa compagne Manon Hostens, originaire de Roubaix, disputait elle trois épreuves à Tokyo. Elle a ainsi disputé 11 courses en moins d’une semaine ! Résultats: 7ème en K2 500m avec Sarah Guyot; 9ème en K1 et 9ème aussi en K4, la kayakiste désormais fixée à Périgueux a été très constante. Des Jeux réussis même si elle espérait une médaille. Le canoë-kayak français a d’ailleurs connu un gros échec à Tokyo en ne ramenant aucune médaille, ni en course en ligne. Ni même en slalom, ce qui est plus inattendu.

Olivier principal « flop » pour les Nordiste à Tokyo

La plus grosse déception vient de Marc-Antoine Olivier. Le nageur denaisien licencié à Dunkerque, semblait de loin la meilleure chance des Nordistes à Tokyo. Un parcours international depuis sa 3ème place à Rio. Le podium était toujours atteint dans les grandes compétitions.

Mais inexplicablement, l’élève de Philippe Lucas a raté son 10km dans la baie de Tokyo. Visiblement, il n’a pas supporté la chaleur et a craqué dans le dernier tour . Sa place, 6ème, était loin de son espoir de médaille d’or. A l’issue de la course, Marc-Antoine, plongé dans l’incompréhension, a même parlé de résultat « honteux » pour lui.

Autre ratage: celui de l’escrimeur valenciennois Alexandre Bardenet. Eliminé en 1/8ème de finale de l’épée individuelle, il espérait bien se rattraper dans le tournoi par équipes. Mais l’équipe de France championne du monde en titre est sortie en quart de finale par le Japon. Elle se contentera d’une 5ème place loin de ses espérances.

Comme à Rio, Kristina Mladenovic a connu une nouvelle débâcle en tennis. La Saint-Poloise a été éliminée dès le 1è tour du simple. Mais aussi, c’était moins attendu, du doubles dames avec Caroline Garcia, et du double mixte associée à Nicolas Mahut. Deux épreuves sur lesquelles elle visait une médaille. Un nouveau fiasco pour le tennis français.

Parmi les flops, nous ne citerons que pour mémoire la débâcle de l’équipe de France de football. Le Lensois Clément Michelin et le natif d’Arras Lucas Tousart se sont noyés comme les autres dans ce naufrage collectif. Finalement, le jeune Valenciennois Ismaël Doukhouré doit presque être content de ne pas avoir joué une seule minute…

Une « première » prometteuse pour Jimmy Gressier

Plusieurs Nordistes découvraient les Jeux Olympiques à Tokyo. Des jeunes attendus surtout à Paris 2024. C’est le cas pour Jimmy Gressier. Le jeune coureur de fond boulonnais a crânement tenté sa chance au Japon. Il a d’abord géré intelligemment sa série qualificative. 9ème, loin du groupe de tête, il s’est qualifié au temps sans inquiétude.

En finale, face au gratin mondial, il est resté en queue de peloton avant « de ramasser les morts » dans une course trop rapide pour lui. Le champion d’Europe espoir de cross-country prend finalement la 13ème place en 13’11″33, son 2ème meilleur temps personnel. Jimmy a engrangé une expérience précieuse avant les prochains Jeux de Paris, où il viendra avec des ambitions élevées.

Jimmy Gressier termine 13ème en finale du 5000m.

L’athlétisme français a souffert à Tokyo. Kevin Mayer a sauvé le bilan proche du zéro pointé. Les tricolores ont fait ce qu’ils ont pu. C’est le cas des deux licenciés du Lille Métropole Athlétisme Pierre-Ambroise Bosse et Wilfried Happio, parvenus en demi-finale. La 3è représentante du LMA, Cyrena Samba-Mayela, n’a même pas pris le départ du 100m haies.

Un Nordiste d’adoption a quand même conquis une médaille à Tokyo. Le Burkinabé de Béthune Hugues Fabrice Zango termine 3ème au triple saut. L’étudiant ingénieur artésien apporte à son pays la première médaille de son Histoire.

La progression de Cyrielle Duhamel

La natation sportive présente le même bilan que l’athlétisme: une seule médaille d’argent grâce à Florent Manaudou. Les nageurs français ont déçu à l’image de la native de Lille Marie Wattel, ou de la Roubaisienne Fantine Lesaffre. L’ancienne championne d’Europe est éliminée dès les séries du 400m et du 200m 4 nages.

Mais comme Jimmy Gressier, la jeune Cyrielle Duhamel a fait bonne impression. La Béthunoise atteint les demi-finales du 200m 4 nages en battant son record personnel, avec le 11ème temps de ces demi-finales. Là aussi, c’est de bon augure avant Paris, pour cette jeune nageuse qui progresse régulièrement, dans son fief de Béthune.

La Gravelinoise Albane Dubois, en voile, évolue dans le même créneau que Cyrielle Duhamel et Jimmy Gressier. Elle a profité du report des Jeux de Tokyo pour se qualifier en 49er FX avec la Marseillaise Lili Sebesi. Ce jeune équipage a atteint la Medal Race et pris une 9ème place prometteuse pour l’avenir.

Albane Dubois (au premier plan) et Lili Sebesi terminent 9èmes en 49er FX (photo Sailing Energy / World Sailing )

Comme Albane Dubois, Violaine Aernoudts a profité du report des Jeux pour se qualifier à Tokyo en aviron. La jeune Amentiéroise, embarquée sur le quatre de couple féminin, a disputé trois courses. Le jeune équipage français parvient en finale B avec une 9ème place générale encourageante pour l’avenir.

Dans la même catégorie, on classera aussi Romain Mahieu. Le pilote de Steenwerck parvient en finale du BMX et se classe 6ème. Une bonne performance pour ses premiers Jeux, même s’il espérait mieux, comme les deux autres Français Joris Daudet et Sylvain André, qui ont raté leur finale contrariée par des chutes.

L’injuste sort de Mourad Aliev

Mais l’image forte que l’on retiendra de ces Jeux de Tokyo pour les Nordistes, c’est celle de Mourad Aliev. Le boxeur de Ronchin est resté très longtemps sur le ring, après son élimination en 1/4 de finale des lourds qui l’opposait à l’Anglais Clarke. Il refusait de quitter le ring pour protester contre le verdict arbitral.

Aliev, qui avait dominé la première reprise, est disqualifié par l’arbitre pour coups de tête. Une décision injuste selon lui et le staff de l’équipe de France qui a porté l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport. Les organisateurs ont reconnu qu’il y avait une erreur d’arbitrage. Mais il était impossible de modifier la décision ni de refaire le combat. Ce qu’a confirmé le TAS.

Une fois de plus, la boxe olympique s’est couverte de ridicule. Et c’est le pauvre Mourad Aliev qui en a fait les frais. Il ne rejoindra pas l’Hémois Daouda Sow et l’Héninois Mathieu Bauderlique, les derniers boxeurs de la région médaillés aux Jeux Olympiques.

Bilan final: 4 médailles pour les Nordistes; plusieurs places de finaliste mais aussi quelques désillusions. C’est dans la logique des Jeux Olympiques, où il faut être à 100% le jour J, et avoir un peu de réussite. Le niveau est énorme et le stress maximum, dans une compétition où obtenir sa sélection constitue déjà un exploit.

A propos de JEAN-MARC DEVRED 174 Articles
Journaliste professionnel depuis 1980, après des études de journalisme au CUEJ de Strasbourg. Carrière en presse écrite, en radio et surtout en télévision à France3 Nord-Pas-de-Calais.

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